Œuvre
Le Fond du problème (1948)
Je puis regretter d'avoir menti, d'être la cause de ruines et de souffrances, mais fussé-je sur le point de mourir, je ne pourrais me repentir d'avoir aimé.
Les femmes ont un grand besoin de fierté: elles veulent être fières d'elles-mêmes, de leur mari, de leur entourage. Elles sont rarement fières de l'invinsible.
Montrez-moi un homme heureux, moi, je vous montrerai la suffisance, l'égoïsme, la malignité, à moins que ce ne soit la totale ignorance.
Toute passion meurt, tout amour s'épuise, mais la pitié survit à tout. Rien ne parvient à l'user. La vie la nourrit sans cesse.
Un homme a toujours le droit de se venger, si peu que ce soit; la vengeance est bonne pour le caractère; d'elle naît le pardon.
La vérité est un symbole que poursuivent les mathématiciens et les philosophes. Dans les rapports humains, la bonté et les mensonges valent mieux que mille vérités.
Nous sommes tous résignés à la mort; c'est à la vie que nous n'arrivons pas à nous résigner.
Il faut parfois autant de courage pour garder une façade acceptable en allant au-devant de la souffrance quotidienne d'un autre être.
La souffrance est pire dans le noir; on ne peut poser les yeux sur rien.
Les gens parlent du courage d'un condamné à mort qui marche vers le lieu de l'exécution. Il faut parfois autant de courage pour garder une façade acceptable en allant au-devant de la souffrance quotidienne d'un autre être.
On passe tant d'heures dans la vie à remettre à plus tard ce qui doit faire souffrir ; on ne perd jamais à surseoir.
Les femmes ont un si grand besoin de fierté : elles veulent être fières d'elles-mêmes, de leurs maris, de leur entourage. Elles sont rarement fières de l'invisible.
On peut livrer une guerre sans pitié aux êtres beaux, brillants, à ceux qui réussissent, mais pas à ceux qui sont dénués d'attraits : c'est alors que la meule de pierre pèse sur la poitrine.
Le désespoir est le prix qu'on doit payer lorsqu'on s'est fixé un but impossible. C'est le péché impardonnable, mais c'est un péché où ne tombent ni l'homme vraiment mauvais, ni le corrompu.
L'amitié est une émanation de l'âme. C'est quelque chose qu'on sent. On ne la donne pas en échange d'un autre don.
On n'est un être humain que si l'on vide la coupe. Si l'on est lâche un jour, si un autre jour on profite de quelque hasard heureux, la coupe vous est présentée une troisième fois.
Quand nous disons à quelqu'un : «je ne peux pas vivre sans toi», ce que nous avons dans l'esprit est en réalité : «Je ne peux pas vivre si je sens que tu souffres, que tu es malade ou dans le besoin».
Le mot PITIE est employé aussi abusivement que le mot AMOUR : cette terrible passion confuse dont si peu d'êtres subissent l'épreuve.
Il règne en nos coeurs un dictateur implacable prêt à envisager la catastrophe pour un millier d'étrangers pourvu que cette catastrophe assure le bonheur des quelques êtres que nous aimons.
L'amour humain ne connaît rien qui se puisse appeler victoire ; à peine quelques petits succès stratégiques avant le désastre final de la mort ou de l'indifférence.
Lorsque nous apprenons le pire, nous demeurons seuls avec lui et ce tête-à-tête est comparable à la paix.
Un être humain ne peut être héroïque sans discontinuer : ceux qui ont tout abandonné, à Dieu ou à l'amour, doivent avoir la licence de revenir parfois en pensée sur leur reddition.
Ce n'est pas la beauté que nous aimons, mais l'échec : l'effort inutile pour rester toujours jeune, échec des nerfs, échec du corps. La beauté est comme la réussite ; nous ne pouvons l'aimer longtemps.
Il fut animé du loyalisme que nous ressentons tous envers le malheur, ce sentiment qui est notre véritable apanage.
Montrez-moi un homme heureux, moi, je vous montrerai la suffisance, l'égoïsme, la malignité... à moins que ce ne soit la totale ignorance.