Œuvre
La Fin d'une liaison (1951)
C'est une chose étrange de découvrir et de croire qu'on est aimé, quand on sait que personne ne peut aimer personne qu'un père, une mère ou un Dieu.
Je me suis parfois demandé si l'éternité n'existait pas après tout sous la forme d'un prolongement infini du moment de la mort.
Quand on est malheureux, on envie le bonheur des autres.
Lorsqu'on possède une chose en toute sécurité, on n'a pas besoin d'en faire usage.
On finit par être las, désespérément las du mensonge.
Un mari et une femme sont-ils faits de la même chair au point que l'on doive haïr le mari parce que l'on hait la femme?
Les amants jaloux sont plus respectables, moins ridicules que les maris jaloux. Ils sont étayés par tout le poids de la littérature. Les amants trompés sont tragiques, ils ne sont jamais comiques.
Les choses «qui ne se font pas» se font tous les jours. Elles font partie de la vie moderne.
Les époux finissent par se ressembler.
L'amour ne prend pas tant de temps pour se déclarer.
Notre amour était devenu une liaison avec un commencement et une fin.
L'idée de la souffrance est beaucoup plus facile à communiquer que celle du bonheur.
Le bonheur nous annihile, nous y perdons notre identité. Le malheur nous fait prendre conscience de notre propre réalité, même si cette conscience revêt la forme d'un égoïsme monstrueux.
On dit que l'éternité n'est pas un prolongement du temps, mais une absence de temps.
Je n'ai jamais compris pourquoi les gens qui peuvent avaler l'énorme invraisemblance d'un Dieu en personne rechignent devant l'idée d'un Diable en personne.
Deux personnes se font des amabilités l'une à l'autre toute une vie.
C'est étrange comme l'esprit humain oscille, et fait le va-et-vient d'un extrême à l'autre.
Nous pouvons aimer avec notre esprit, mais ne pouvons-nous aimer qu'avec notre esprit? L'amour s'étend et grandit sans cesse, de sorte que nos ongles insensibles sont eux-mêmes capables d'aimer.
J'avais mal parce qu'il avait mal.
Je peux croire à n'importe quoi dans le noir.
Une victoire retardée peut tendre les nerfs autant qu'une défaite prolongée.
Nous n'appartenons à personne, nous ne sommes même pas à nous-mêmes.
L'athéisme peut être un produit du déséquilibre nerveux autant que le mysticisme.
J'ai attrapé la foi comme on attrape une maladie. Je suis tombée croyante comme on tombe amoureuse.
L'amour n'avait pas autant que la haine la certitude de se faire entendre.