Auteur

Goswin Joseph Augustin, baron de Stassart

C'est s'affliger deux fois que s'affliger d'avance.
Qui dévore un affront mérite qu'on l'outrage.
L'âge change nos goûts, nos moeurs et nos penchants.
A nul, l'ambition, n'est, je crois, étrangère.
L'amour-propre toujours se montre téméraire; - Sans force et sans moyens il croit pouvoir tout faire.
Le bel-esprit pâlit à côté du génie.
L'ambition - Conduit souvent à la folie.
Qu'importe un grand caractère, - Si la prudence ne l'éclaire?
Il est des hommes sots et vains; - N'estimant que leurs parchemins, - Ils cherchent dans la nuit des âges, - Tout leur mérite. Il est sans doute heureux - D'avoir des ancêtres fameux; - Mais il faut au moins, ce me semble, - Pour s'en targuer, qu'on leur ressemble.
Un pauvre vous vole, on le pend. - Pour les riches, c'est différent: - Gare aux objets qui leur conviennent! - Car ils gardent tout ce qu'ils prennent.
On s'enivre de la puissance.
Les moeurs des gouvernants, - Leurs vertus et leur caractère, - Pour le bonheur public sont de plus sûrs garants - Qu'un contrat, souvent éphémère.
Pour suivre des méchants la ligue ténébreuse, - Pour déjouer leurs complots odieux, - La police toujours doit avoir de bons yeux, - Mais sans se montrer querelleuse, - Sans effrayer les potentats, - Car police trop ombrageuse - Devient le fléau des Etats.
Au mortel insensé qu'un sot orgueil domine, - La fortune souvent réserve un cruel sort: - Chemin couvert de fleurs le mène à sa ruine.
On a recours au burin pour perpétuer la mémoire du bien qu'on fait, et l'on n'a pas même un crayon pour tracer sur le vélin mobile le bien qu'on reçoit.
L'éloquence, telle qu'un fleuve majestueux, doit toute sa magnificence à la nature : mais, comme le fleuve a besoin de digues qui dirigent son cours, l'éloquence ne peut se passer des règles du goût.
On voit tant de gens chez qui l'esprit est remplacé par le ridicule, qu'en vérité l'on aurait tort de se plaindre lorsqu'il n'y a qu'absence d'esprit.
La flatterie produit quelquefois ce bien, qu'en louant les grands des vertus qu'ils n'ont pas, elle leur impose, pour ainsi dire, l'obligation de les acquérir, ou du moins d'en prendre le masque.
Nos faiblesses doivent rester cachées, non sous le voile de l'hypocrisie, mais sous celui de la pudeur.
Il est plus facile de jeter du ridicule sur une belle action que de l'imiter.
Un livre de morale est comme une boutique de friperie ; l'auteur y étale souvent les pensées d'autrui, mais il a grand soin de les retourner auparavant.
Epouser une femme par amour, c'est trop souvent une folie romanesque, un tort de l'esprit ; mais l'épouser pour la fortune, c'est un manque de délicatesse, c'est une flétrissure du coeur.
Quelque obligation qu'on ait au hasard, on rougit d'en convenir. C'est, de tous les bienfaiteurs, celui qui fait le plus d'ingrats.
S'il est des vers qui ont fait la réputation de leurs auteurs, il est encore plus d'auteurs qui ont fait la réputation de leurs vers.
Ce qui rend si pénible aux femmes la marche du temps, c'est leur miroir ; peu savent l'envisager de sang-froid.

Œuvres de Goswin Joseph Augustin, baron de Stassart

L'Aigle et le MilanL'Aigle et le PapillonL'Ane et l'OieL'Escargot et l'AigleLa Brebis, le Cheval et le BoeufLa Cigale et le PapillonLa Corneille et le RossignolLe Boeuf grasLe Fermier et les Chiens de basse-courLe Lion devenu fou et le LapinLe Léopard et l'EléphantLe Torrent et l'AbrisseauLe Trône de neigeLes Etoiles et le SoleilPensées, maximes, réflexions, observations (1855)