Auteur

Georges Perec

Tout tableau ... et surtout tout portrait, se situe au confluent d'un rêve et d'une réalité.
Tu peux être Dieu des chiens, Dieu des chats, Dieu des pauvres, il te suffit d'une laisse, d'un peu de mou, de quelque fortune, mais tu ne seras jamais maître de l'arbre. Tu ne pourras jamais que vouloir devenir arbre à ton tour.
Tu as tout à apprendre, tout ce qui ne s'apprend pas: la solitude, l'indifférence, la patience, le silence.
Rien ne sert de rien, cependant tout arrive.
La loi est implacable, mais la loi est imprévisible. Nul n'est censé l'ignorer, mais nul ne peut la connaître.
Vais-je intriguer, vais-je mordre mon frein, moi qui rêvais de poésie, de trains de nuit, de sables chauds?
L'indifférence dissout le langage, brouille les signes.
Ceux qui eurent l'occasion de le rencontrer à cette époque eurent l'impression qu'il vivait en état d'apesanteur, une sorte d'absence sensorielle, une espèce d'indifférence à tout.
Un gros matou roux qu'ils avaient d'abord appelé Leroux, puis Gaston, puis Chéri-Bibi et enfin, après une ultime aphérèse, Ribibi.
Une athénienne supporterait un téléphone, un agenda de cuir, un bloc-notes.
Tu es assis et tu ne veux qu'attendre, attendre seulement jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à attendre: que vienne la nuit, que sonnent les heures, que les jours s'en aillent, que les souvenirs s'estompent.
Une écriture assez curieuse, où les barres de t avaient l'air de souligner les mots de la ligne supérieure.
Au-dessus du lit, est épinglée une reproduction intitulée Arminius et Sigimer: elle représente deux colosses en casaque grise, au cou de taureau, aux biceps herculéens, ...
C'était l'époque où Winckler s'était mis à fabriquer des bagues et Valine lui avait amené la petite parfumeuse de la rue Logelbach qui avait envie d'aménager un rayon de bimbeloterie dans son magasin au moment de Noël.
Sylvie était devenue documentaliste dans un bureau d'études.
Ces objets si parfaitement domestiqués qu'ils auraient fini par les croire de tout temps créés à leur unique usage.
Avant la guerre, elle travaillait dans une fabrique de cartonnages, qui faisait des emboîtages pour des livres d'art, en carton fort recouvert de soie, de cuir ou de suédine, avec des titres frappés à froid.
Mon amour mon nombre d'or - Beau ramoneur de ma brume - Beau maraudeur de ma nue - Noue en bordure de ma demeure - Un bandeau brodé d'aurore.
L'enfance n'est ni nostalgie, ni terreur, ni paradis perdu, ni Toison d'or, mais peut-être horizon, point de départ.
Il était tueur de mots : il travaillait à la mise à jour des dictionnaires Larousse.
Il était de ces gens qui croient qu'il leur suffira d'être ambitieux pour être intelligents.
Mais l'enfance n'est ni nostalgie, ni terreur, ni paradis perdu, ni Toison d'Or, mais peut-être horizon, point de départ, coordonnées à partir desquelles les axes de ma vie pourront trouver leur sens.
Vivre, c'est passer d'un espace à un autre en essayant le plus possible de ne pas se cogner.

Œuvres de Georges Perec

Beaux présents belles absentesEspèces d'espaces (1974)La Vie mode d'emploi (1978)Les Choses (1965)Un homme qui dortUn homme qui dort (1967)W. ou le Souvenir d'enfance (1975)