Auteur

Eugène Dabit

Une chambre accueillante et rajeunie d'étoffes et de dentelles.
Les plus jeunes posent aux gars «affranchis» avec leur pantalon à pattes d'éléphant, leur foulard tordu sur leur nuque rasée.
Je possédais l'argot de l'école; je faisais partie d'une bande que redoutaient les élèves des classes inférieures.
Elle est transportée de confiance. Cette visite de l'Hôtel du Nord se prolonge mystérieusement en elle. Elle n'avait jamais imaginé un pareil milieu. Peut-être est- elle appelée à d'étranges rencontres ? Bah ! toute vie mérite qu'on s'y attache.
toute vie mérite qu'on s'y attache
Il aimait prendre une « bonne cuite » l'hiver, avant de se coucher. Elle l'avait rendu exigeant et difficile. La vie à deux use le coeur d'un homme.
La vie à deux use le coeur d'un homme.
L'important c'est de n'être que de passage.
Je suis partout de passage.
La vie que nous menons est si trépidante, mouvementée, surprenante, incohérente quelquefois, que je ne trouve guère le moment d’ouvrir ce carnet. Et puis, je ne m’en sens pas le goût ; ou encore, cette vie commune ne m’en laisse pas le loisir, on discute, on traîne, on s’attend. Et ainsi, les jours ont passé ;
Souvent, je m’étends sur mon lit, et je m’efforce de fixer mon esprit sur un souvenir, un événement précis de ma vie. Mais bientôt d’autres pensées m’assaillent, venues je ne sais d’où, et me voilà si loin de ma pensée première. Je rêvasse. Presque incapable de suivre avec force et longuement une pensée. Cela est commun, et banal, sans doute. Décourageant. Je ne puis lutter avec succès que si j’écris. Du reste, j’aime assez cette « rêvasserie ». Bien qu’elle dévore des heures que je pourrais consacrer à l’étude, à la lecture.
Impossibilité d’écrire, parce que ma pensée, ma vie (et tant d’autres vies) a trop de replis, trop de détours. Rien qui ne se présente simplement, franchement, totalement. Rien qui ne soit pour moi vérité absolue. Hormis, pour moi-même, ma propre vérité. (Mais comment la reconnaître, bien l’éclairer, c’est le drame.)
N’attendre, n’espérer que de soi. Pas gai! Mais on s’expose ainsi à moins de déconvenues et de peines.
Je traîne, je traîne ma vie et mon passé. Je n’ai pas le désir d’écrire. Rien. Le départ, un voyage pour mettre fin à cet état. Y mettre fin, ce n’est pas sûr. Tout croule, hors certain sens de vivre, et le travail. Amour, gloire, beauté, jeunesse, ah ! tout ça, des cendres. À quoi m’accrocher ? que sera demain ma vie, la vie ? Elle ne me semble parfois plus possible. Et cependant, je vivrai, je crois. Et le désire.
Je ne puis rien écrire sur ce départ. C’est, à la fois, trop facile et trop lourd à remuer.

Œuvres de Eugène Dabit

Faubourgs de ParisHôtel du Nord (1929)In Eugène Dabit - Roger Martin du Gard, 1930-1936 - Correspondance (1986) Journal IntimeJournal intime, 1928-1936, (1989)