Les compartiments non fumeurs sont toujours moins garnis que les autres: un ascétisme même inférieur procure de l'espace aux hommes. Lorsque nous vivons en saints, l'infini nous tient compagnie.
A notre époque il faut jouir d'un calme de salamandre si l'on veut parvenir à ses fins.
Une pensée qui nous échappe ressemble au poisson qui se détache de l'hameçon. Nous ne devrions pas le pourchasser; il continue à se nourrir dans les profondeurs pour nous revenir ensuite, plus lourd.
L'inexprimable s'avilit en voulant s'exprimer et se rendre communicable, il ressemble à l'or qu'on doit mélanger de cuivre si l'on veut qu'il serve aux échanges.
Le serpent d'airain de la connaissance développé anneau par anneau et écaille par écaille, et son travail sous les mains de l'homme s'est animé d'une vie toute puissante.
La paix ne saurait se fonder sur la raison humaine.
Ne vaudrait-il pas mieux vivre comme un animal ou une plante dans la vallée, que de sentir cette angoisse effrayante sans cesse affleurer sous la surface des actes et des mots ?
Il était difficile d'être lâche sous le regard d'autrui.
Les hommes des différents peuples lui paraissaient désormais comme des amoureux qui ne jurent que par une seule bien-aimée, sans savoir qu'ils sont tous possédés par un amour unique.
Toute société constituée par des hommes dépendant les uns des autres se développe selon les lois de la nature organique. Elle naît de la fusion de différents germes et croît comme un arbre, auquel une série de circonstances confère son individualité.
De nos jours un individu n'a pas de valeur en soi mais par rapport à l'Etat.
La paix de Versailles contenait déjà en elle la Seconde Guerre mondiale. Fondée ouvertement sur la force, elle proclamait l'Evangile auquel allait se référer tout coup de force.
Peut-être distinguera-t-on à la fin de ce siècle deux classes d'hommes, les uns formés par la télévision, les autres par la lecture.
Voici le bois des contes, avec ses loups mangeurs d'hommes, ses sorcières et ses géants, mais où l'on trouve aussi le bon chasseur, les haies de roses de la Belle au Bois dormant, à l'ombre desquelles le temps suspend son vol.
Lorsque nous sommes satisfaits, les présents de la vie les plus frugaux comblent nos sens.
Ici, la guerre qui d'habitude nous enlève tant, nous apporte quelque chose, elle nous apprend la communauté virile et remet à leur vraie place des valeurs à moitié oubliées.
Le crime des Blancs n'est pas d'avoir pris part au trafic des esclaves - le leur n'a rien innové sur cette côte - mais d'y avoir introduit la religion du travail.
Quand le monde nous semble vaciller sur ses bases, un regard jeté sur une fleur peut rétablir l'ordre.
Dans l'oeuvre d'art vit une foi qui dure plus longtemps que tout dogme.
Dès qu'il s'agit d'interdire, tous les peuples sont polyglottes.
Œuvres de Ernst Jünger
Dans La Délirante n° 7, automne 1979.Héliopolis (tr. 1975)Jardins et routes (1942)Jeux africains (1936)Journal (1940-1945)Journal (1942), Tome IIJournal parisienL'auteur et l'EcritureLa Paix (1946)La cabane dans la vigne (1948)Le Boqueteau 125, Chronique des combats de tranchée (1918)Le Coeur aventureux (1961)Le Travailleur (1932)Le traité du Rebelle ou le recours aux forêts (1951)Les Chasses subtiles (1969)Les ciseaux (1990)Lieutenant Sturm (1923)Ombres perdues dans La Délirante n° 6, 1976.Orages d'acier (1920)Soixante-dix s'efface, I - Journal 1965-1970