Une erreur ne devient une faute que lorsqu'on ne veut pas en démordre.
Aucune période de notre journée n'est plus mystèrieuse que celle qui précède le sommeil. Nous entrons hésitants dans le sommeil comme dans une caverne dont le reflet atténué de la lumière...
La pitié du bourreau consiste à frapper d'un coup sûr.
Où reste le destin, quand cinq mille individus naissent au même endroit et au même moment?
Vous pouvez devenir écrivain. Mais il faut être auteur.
Tout Etat se doit de créer une utopie lorsqu'il a perdu le contact avec le mythe.
Le plaisir supérieur que l'on prend aux choses vulgaires.
Les maladies sont des questions posées. Ce sont aussi des tâches à remplir, et même des distinctions. Le fait décisif, c'est la manière dont on les supporte.
La mort est le plus profond souvenir.
L'esclavage prend de graves proportions lorsqu'on lui accorde de ressembler à la liberté.
Le siècle de l'Homme est le siècle où les Hommes sont devenus rares.
On peut voir le nécessaire, le comprendre, le vouloir, l'aimer même, tout en se sentant pénétré d'une douleur infinie.
Nous entendons dans les rêves ce que dit la matière.
J'y vis à nouveau combien l'être humain tient à son sol natal. Malgré toute la crainte du danger que ressentaient ces femmes, elles se cramponnaient de toutes leurs forces à cette terre qui pouvait à tout instant devenir leur tombeau.
... même le plus colossal affrontement n'est jamais que la balance où l'on pèse, aujourd'hui comme toujours, le poids des hommes.
Chacun savait bien que nous ne pouvions plus vaincre. Mais l'adversaire devait voir que l'esprit viril n'avait pas encore disparu.
En matière de littérature, les aphorismes sont le mortier qui maintient encore debout notre tour de Babel.
Ce qui importe n'est pas que nous vivions mais qu'il redevienne possible de mener dans le monde une vie de grand style et selon de grands critères. On y contribue en aiguisant ses propres exigences.
«Que chacun arrange sa vie comme il veut», c'est ce qu'on entend souvent dire; la vérité est bien plutôt que nul ne peut vivre à sa guise.
Quand nous pensons nous envoler, notre bond maladroit nous est plus cher que la marche la plus sûre en un chemin tout tracé.
On reconnaît les grandes époques à ceci, que la puissance de l'esprit y est visible et son action partout présente.
Profonde est la haine qui brûle contre la beauté dans les coeurs abjects.
L'ordre humain ressemble au Cosmos en ceci, que de temps en temps, pour renaître à neuf, il lui faut plonger dans la flamme.
Parole, esprit et liberté sont sous trois aspects une seule et même chose.
Qu'il suffise d'indiquer qu'entre le nihilisme amené à sa perfection, et l'anarchie sans frein, l'opposition est profonde. Il s'agit de savoir, dans ce combat, ce que le séjour des hommes doit devenir, un désert ou une forêt vierge.
Œuvres de Ernst Jünger
Dans La Délirante n° 7, automne 1979.Héliopolis (tr. 1975)Jardins et routes (1942)Jeux africains (1936)Journal (1940-1945)Journal (1942), Tome IIJournal parisienL'auteur et l'EcritureLa Paix (1946)La cabane dans la vigne (1948)Le Boqueteau 125, Chronique des combats de tranchée (1918)Le Coeur aventureux (1961)Le Travailleur (1932)Le traité du Rebelle ou le recours aux forêts (1951)Les Chasses subtiles (1969)Les ciseaux (1990)Lieutenant Sturm (1923)Ombres perdues dans La Délirante n° 6, 1976.Orages d'acier (1920)Soixante-dix s'efface, I - Journal 1965-1970