Auteur

Eric Tabarly

Naviguer est une activité qui ne convient pas aux imposteurs. Dans bien des professions, on peut faire illusion et bluffer en toute impunité. En bateau, on sait ou ne sait pas. Malheur aux tricheurs. L'océan est sans pitié
Elevé dans la religion catholique, pendant longtemps j'ai été pratiquant. Puis, un jour, je me suis demandé pourquoi ce Dieu d'Amour permettait autant de saloperies et de misère sur notre terre. La réponse, peut-être, me la fournira-t-il dans l'au-delà. En attendant – sans hâte – une explication, quand je suis en difficulté, je ne l'appelle jamais à mon secours en priant « Mon Dieu, faites quelque chose…. S'il m'a mis dans le pétrin, alors pourquoi viendrait-il me repêcher ensuite ?
Les harnais de sécurité ne m'inspirent guère confiance. Lorsque l'on doit manœuvrer, surtout en solitaire, ils sont gênants. On doit aller de l'avant à l'arrière et dans ce cas, le filin de sécurité qui glisse dans la filière, cela crée d'innombrables occasions de s'emmêler les pieds et de trébucher.
Quand on est à la baille dans l'Atlantique Nord, on n'a même pas le temps de réciter une prière: on meurt de froid presque instantanément. J'aime bien la vie et je n'ai aucune envie de périr bêtement. C'est pourquoi le cordage que j'ai capelé autour de ma taille est solide.
Le marin éjecté est un marin qui a manqué de concentration. Un vieux dicton dit: « Une main pour l'homme, une main pour le bateau. » Il dit juste. Au cours d'une manœuvre ou d'un déplacement sur le pont, on doit toujours veiller à avoir une prise à sa portée, parce qu'il est presque impossible qu'un paquet de mer puisse la faire lâcher.
Il est rare que je m'abandonne à l'émotion, au lyrisme. Cela m'est arrivé cependant une fois. J'étais dans mon bureau aux murs lambrissés et je voyais, en contrebas, le mât de Pen Duick. Alors j'ai écrit:
Presque toute mon existence s'est déroulée sur la mer. Je ne me sens pas encore capable de regarder les autres partir, et moi, de rester sur le quai.

Œuvres de Eric Tabarly

Mémoires du large