Auteur

Eric Fottorino

Chaque douleur est une mémoire.
La peau se souvient. Nous sommes des êtres de tissu.
Je réalisai que chaque lettre du mot crier était contenue dans le verbe écrire. Ce fut une révélation : écrire, c'était crier en silence.
Les enjeux de pouvoir sont de ceux qui vous font perdre des amis et gagner des courtisans.
Mal nommer les choses, jugeait Camus, c'est ajouter au malheur du monde. Ne pas nommer les choses, c'est nier notre humanité.
La confiance est une forme d'inconscience.
Je ne me suis jamais senti à mon aise parmi les catholiques, ça sonnait faux en moi, tous ces chants et cet amour dégoulinant à condition de ne jamais faire un pas de travers.
Dès que j'ai su lire, j'ai compris que les mots ne veulent pas dire ce qu'ils disent.
Les gens qui n'ont rien dans le coeur pensent que les suicidés n'ont rien dans le ventre.
Tôt ou tard, le chacun pour soi est un chacun contre soi.
Le corps est la chair de l'esprit. Chaque tourment de l'âme laisse sous la peau une fêlure et dessus, une foulure.
Certains mots ont la force du désespoir.
La place pour les enfants ne manque pas, dans le malheur des grands.
Et pourtant, me réveillant en sursaut et me répétant soudain que tu es mort, j'ai cette sensation terrible de ne plus exister, que toutes ces années sont tombées en poussière et qu'il ne reste plus rien d'important à vivre d'autre que le souvenir de nous.
Oncle Abel fait le beau métier de délivrer les gens de leur passé vu qu'il est brocanteur.
Tu m'aimais tout bas, sans effusion, comme on murmure pour ne pas troubler l'ordre des choses. Tu m'aimais tout bas, sans le dire, sans éprouver le besoin d'élever la voix.
L'être humain est comme une mayonnaise. Pour que ça prenne, il faut verser les ingrédients au bon moment. Sinon rien ne se passe, c'est trop tard
Je savais bien que j'avais aimé ma mère. Mais je ne retrouvais plus ces sensations de chaleur, ni aucune marque tangible d'affection entre nous
Deux pères ont effacé une mère comme un drame peut en cacher un autre
J'étais le survivant d'une histoire trouble qui nous avait séparés, une histoire douloureuse oubliée à dessein.
Un désamour tenace envers cette petite femme que j'avais longtemps appelée par son prénom, Lina. Dix fois par jour j'oubliais que j'étais son fils. Et autant de fois, je m'efforçais de m'en souvenir.
Tout se passait dans son regard. Le regard de Lina. J'en connaissais les nuances, les reflets, les défaites. Je lisais son trouble à sa façon de plisser les paupières. Une ombre passait dans ses yeux, une ombre dure qui fanait son visage. Elle était là mais elle était loin. Je ne comprenais pas ces sautes d'humeur, ces sautes d'amour. La petite fille était invisible à mes yeux. Elle crevait les tiens. Chaque jour j'étais là, et chaque jour confirmait son absence. J'étais ton garçon, je n'étais que ça, mais j'avais pris toute la place.

Œuvres de Eric Fottorino

Dix-sept ansKorsakov (2004)L' Homme qui m' aimait tout bas (2009)L'Homme qui m'aimait tout bas (2009)Le Dos crawlé (2011)Mon tour du «Monde» (2012)Questions à mon père (2010)Suite à un accident grave de voyageur (2013)Un territoire fragile (2001)