L'enfance est une fabrique de mensonges qui durent à l'infini.
Une société qui trouve naturel d'étouffer autant d'énergies intellectuelles féminines avec les tâches domestiques et l'éducation des enfants, est sa propre ennemie et ne s'en aperçoit même pas.
Nous ne savons rien des gens, pas même de ceux avec lesquels nous partageons tout.
Le plus difficile à raconter, c'est ce que nous ne parvenons pas nous-mêmes à comprendre.
Il n'existe aucun geste, aucune parole ni soupir qui ne contienne la somme de tous les crimes qu'ont commis et continuent à commettre les êtres humains.
Exister c'est cela, pensai-je, un sursaut de joie, une pointe de douleur, un plaisir intense, des veines qui battent sous la peau, il n'y a rien d'autre à raconter.
La vie est légère, il ne faut permettre à personne de nous la rendre pesante.
Les choses qui n'ont pas de sens sont les plus belles.
Si rien ne pouvait nous sauver, ni l'argent, ni le corps d'un homme, ni même les études, autant tout détruire immédiatement.
Toute la vie, on aime des gens qu'on ne connaît jamais vraiment.
Des mots : avec des mots on fait et on défait comme on veut.
Parfois nous nous servons d'expressions absurdes et affichons des poses ridicules afin de dissimuler des sentiments pourtant simples.
Dans le monde, tout était équilibré et tout était risque : celui qui n'acceptait pas de prendre des risques et n'avait aucune confiance dans la vie dépérissait dans un coin.
Depuis l'enfance, nous avions vu nos pères frapper nos mères. Nous avions grandi en pensant qu'un étranger ne devait même pas nous effleurer alors qu'un parent, un fiancé ou un mari pouvaient nous donner des claques quand ils le voulaient, par amour, pour nous éduquer ou nous rééduquer.
Comment protège-t-on un enfant ? En s'occupant de lui. En l'aimant. En lui apprenant des choses. En lui servant de filtre contre toutes les impressions qui pourraient le mutiler pour toujours.
Peut-être devrais-je lui dire que les choses qui n'ont pas de sens sont les plus belles. C'est une belle phrase, ça lui plaira
Les gens se racontent des histoires pour se défendre de la réalité.
Nous les filles, c'est bien connu, quand nous tombons amoureuses, la première chose que nous faisons c'est voir si notre prénom sonne bien associé au nom de l'être aimé.
Était-il possible que les parents ne meurent jamais et que chaque enfant les couve en soi, de manière inéluctable? Ma mère avec sa démarche boiteuse surgirait-elle donc vraiment un jour en moi, avec la fatalité d'un destin ?
On ne peut pas revenir en arrière, la vie nous porte où elle veut
Ils étaient heureux, pleins de leur histoire, ils avaient l'énergie de ceux qui s'emparent de tout ce qu'ils désirent, coûte que coûte.
Un rien peut suffire à changer la vie du tout au tout
Le cinéma, les romans, l'art ? Comme les gens changent vite, et comme leurs centres d'intérêt et leurs sentiments sont éphémères !
Nous préférions tous être amoureux. Mais elle non, elle aimait.
Tout au long de sa vie, ce qui a le plus effrayé Lila, c'est que les gens, encore plus que les choses, pouvaient perdre leurs contours et se répandre sans plus aucune forme.
Œuvres de Elena Ferrante