A l'âge déclaré d'un Juif, il faut toujours rajouter cinq mille ans.
Dieu est une mèche discrète qui, par toi, sera clarté; car elle attend, sous le verre, le geste de feu qui en fera ta lampe.
Ecrire, c'est rendre le sommeil aux mots. La page est le dortoir; alors le rêve prend les rênes et tu peux boire à l'étape.
Nous sommes plus vieux que notre vie.
Pratiquer l'écriture, c'est pratiquer sur sa vie une ouverture par laquelle la vie se fera texte.
Ecrire, c'est affronter un visage inconnu.
L'écrivain est à l'écoute des mots qui tracent son avenir.
Quoi que tu fasses, c'est toi que tu espères sauver. C'est toi que tu perds.
L'aveugle garde le regard comme le muet la parole - l'un et l'autre dépositaires de l'invisible, de l'indicible... gardiens infirmes du rien.
Je vous ai parlé de la difficulté d'être juif qui se confond avec la difficulté d'écrire, car le judaïsme et l'écriture ne sont qu'une même attente, un même espoir, une même norme.
Il y a un langage pour la mort comme il y a un langage pour la vie.
Un livre est toujours l'approche ou le prolongement d'un livre entrevu.
Il n'y aura jamais assez d'heures pour venir à bout de la mémoire.
Aucune parole ne précède les vrais départs.
Dans le mot oeil, il y a le mot loi. - Tout regard contient la loi.
Couple terrible: la vie tremble, la mort rit.
Il y a des limites au désespoir. Il n'y a pas de limites à l'espérance.
L'écrivain s'écrit en lisant, le lecteur se lit dans l'écrit.
Nous partons toujours du texte écrit pour revenir au texte à écrire, de la mer à la mer, du feuillet au feuillet.
Le temps est une mémoire sans objet. Forcer le temps à se souvenir c'est, pour ainsi dire, arrêter le temps.
L'écrivain n'est libre de son écriture que par l'usage qu'il en fait: c'est-à-dire, par sa propre lecture. Comme si écrire avait pour but, en somme, à partir de ce qui a été écrit, d'instaurer la lecture de ce qui viendra s'écrire.
Le sens des mots est celui de leur aventure; le sens qu'ils accordent - et nous force à attribuer - à leur propre éploiement et à leur rature.
Ne néglige pas l'écho, car c'est d'échos que tu vis.
Le hasard est l'explication que donnent les humains de ces rencontres imprévues qui ont boulversé leur existence. Le hasard n'est pas affaire de Dieu, qui ne cherche pas à expliquer ni à s'expliquer.
La vérité est incessante invention puisqu'elle se contredit soi-même et que seul ce qui est provisoire est vrai, seul ce qui peut être partagé.
Œuvres de Edmond Jabès
Colloque de Saint-HubertDans Revue des Sciences Humaines, 1981.Du désert au livre (1981)La Mémoire et la main (1987)Le Livre de Yukel (1964)Le Livre des Questions (1963)Le Livre des Questions (1988)Le Livre des Ressemblances (1980)Le Livre des Ressemblances (1980), L'Ineffaçable, l'inaperçuLe Livre des marges (1987)Le Petit Livre de la subversion hors de soupçon (1982)Le Retour au livre (1965)Le Soupçon, le désertLes Cahiers du doubleLivre des Questions (1963-1965)Récit