Auteur

Charles Dollfus

Les étoiles, qui sont des soleils, sont moins nombreuses que les planètes: même chose dans l'univers moral, où les esprits éclairés par reflet peuplent le firmament de la pensée.
Le juste équilibre à réaliser entre la délibération et l'action est la difficulté des gouvernements et des individus.
Dans les discussions, il n'y a pas seulement en présence l'erreur et la vérité, il y a des amours-propres. Très peu d'hommes quand ils discutent ont le courage d'être entièrement de bonne foi, s'il existe de ces esprits-là.
Le public c'est tout le monde, et tout le monde est du public. Des gens de beaucoup de sens, en tant qu'ils sont du public et agissent comme public, en public, deviennent des sots, ils appartiennent alors au troupeau.
La force des choses est la discipline de l'esprit et l'école de la volonté.
Il y a deux sortes de mauvais, le mauvais prétentieux et celui qui est sans prétention: le premier est beaucoup plus mauvais que le second.
Qui aime ne demande plus si la vie a un but.
L'intolérance n'est de droit que pour l'infaillibilité. Les hommes ont le devoir d'être mutuellement tolérants, parce qu'ils sont tous faillibles.
Pour être tolérant envers les hommes, il faut les aimer beaucoup ou beaucoup les mépriser.
Qui s'indigne contre les hommes, au fond les respecte encore: Alceste, le misanthrope, aime l'homme, et c'est pour cela qu'il déteste les hommes.
Mieux vaut calomnier les hommes que les exploiter.
L'expérience généreuse de la jeunesse s'indigne contre la bassesse; l'expérience de l'âge mûr, quand elle n'a pas tourné elle-même à la bassesse ou à la corruption, méprise avec tolérance.
Tenir à l'estime de quelqu'un, c'est l'estimer; et c'est le témoignage le plus délicat qu'on puisse lui donner de son estime.
Rien ne pèse aux honnêtes gens comme d'être obligés de mépriser; ils ne s'y résignent qu'à la dernière extrémité.
L'enthousiasme et l'indignation se tiennent de près; on ne s'indigne que lorsqu'on est susceptible de s'enthousiasmer.
Les hommes font leur chemin entre l'enthousiasme et le dénigrement, les idées et les choses entre les optimistes et les pessimistes.
Entre le bien et le mal, entre l'erreur et la vérité le monde avance en festonnant.
Ne demandez pas d'équité au public, il n'a pas le temps. Le public d'ailleurs est condamné à ne juger que sur les apparences: autrement il ne serait plus le public.
L'homme se précipite vers l'avenir; l'animal n'est qu'au présent.
Avoir connu l'amour partagé, un amour plein, fort, fécond et noble, avoir fait un chef-d'oeuvre pour la postérité: quel homme après semblable fortune pourrait se plaindre de la destinée et réclamer des dieux une autre vie?
La plus belle chose du monde, après la beauté, c'est la lumière.
On éprouve la beauté: elle n'est visible que pour le coeur; les yeux ne la voient jamais.
Nos vertus ne sont fort souvent, à les bien considérer, que nos impuissances ou nos défauts maximes en sentences.
La fierté commande d'être honnête, bien qu'elle ne soit pas l'honnêteté.
Un homme fier et digne est au-dessus des faveurs et des revers de la fortune: qui se laisse enivrer par les unes, abattre par les autres, manque de fierté.

Œuvres de Charles Dollfus

De la Nature humaine (1868)Le Calvaire (1855)