S'aimer d'amour, c'est vivre l'un dans l'autre: c'est se confondre. Jamais deux amis ne se confondent, ils s'unissent. L'amitié se nourrit de services, elle en produit; l'amour veut des sacrifices qui vont jusqu'à tout abandonner.
Auteur
Charles Dollfus
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Si j'avais plus de raison, j'aurais moins d'amour. Je t'accorde que l'amour est une folie; mais c'est une folie sublime.
Aimer, c'est s'accroître de l'être auquel on se livre, c'est sentir, jouir, souffrir, vivre deux fois en un mot; rassembler en soi deux êtres; vivre deux en un seul.
Plus on aime, plus on vit. Celui qui jamais n'a aimé ne sait pas où est le véritable foyer de toute existence.
L'amour est la véritable communauté. - Aimer, c'est s'enrichir. Qu'il est pauvre celui que personne n'aime; qu'il est pauvre aussi celui qui n'aime que lui!
Jamais deux amis ne se confondent, ils s'unissent. L'amitié se nourrit de services, elle en produit; l'amour veut des sacrifices qui vont jusqu'à tout abandonner, même la vie, pour l'être aimé.
L'amour est contemplatif. Il met du vague au coeur; il écoute, bien qu'il ne les suive guère, les conseils de la raison, mais il déplore de ne les pouvoir suivre: la passion d'un geste les écarte, d'un souffle les dissipe.
L'amour est un doux poison qui s'insinue dans nos veines par le regard, et qui de là gagne la tête pour l'emplir de songes; il nous enivre insensiblement comme un bouquet dont on respirerait, sans pouvoir l'abandonner, le doux vertige.
L'instinct maternel traverse tous les êtres vivants: le coeur maternel, chaud de tendresse, est le nid où la nature abrite la jeune couvée.
L'homme souffre, parce qu'il aime; il a des joies, parce qu'il aime. Qui voudrait ne plus souffrir de rien, n'aurait qu'à s'abstenir de rien aimer. Quel homme, quel être vivant le pourra, et lequel le voudra jamais?
Pour l'homme qu'entraîne le fleuve, les rives ont l'air de se mouvoir; qui est sur la rive voit couler le fleuve. Les contemporains sont sur la rive à l'égard du passé, ils sont dans le fleuve à l'égard du présent qui les emporte.
On ne regarde pas vers le passé, quand le présent vous suffit.
La vie est triste et misérable. Ce qu'il y a de plus misérable et de plus triste, c'est que, dans ces conditions, nous tenions si fort à la vie.
On peut aimer encore la blessure qu'une femme vous a faite, quelque souffrance qu'elle vous cause; un homme jamais ne chérit celle qu'il doit à un homme.
Quel stoïcisme résiste à une rage de dents? Il faut presque être un héros pour ne pas se gratter là où cela vous démange.
Comment se fait-il qu'une personne qui mourrait volontiers pour une autre, ne se puisse cependant dévouer jusqu'à lui épargner les coups d'épingle de la mauvaise humeur?
La révolte contre ce qui ne peut être changé est une faiblesse, la révolte contre ce qui peut être changé est un devoir.
La sagesse consiste à n'aller jamais jusqu'au bout de rien.
Rien de difficile comme la pratique de ce précepte: usons, n'abusons pas.
Le temps nous consume et nous rejette en fumée dans l'espace. La vie est un feu qui nous fait vivre en nous dévorant.
On n'est jamais sot ni ridicule quand on proportionne son ambition à ses capacités; on l'est toujours, lorsqu'on ne le fait pas.
La sagesse est de toutes les sphères et de toutes les conditions: mais les sages partout sont rares.
L'on manque le but de trois façons: en n'y atteignant pas, en le dépassant, en passant à côté. Peu d'hommes poursuivent un but qui mérite d'être atteint, très-peu atteignent le but qu'ils poursuivent.
Notre temps est affairé: il lit comme on mange à la buvette des chemins de fer, debout, entre deux trains. On lit «sur le pouce.» Tout s'improvise et se fait en hâte. Nous manquons d'àme, et nous sentons la fièvre.
Nous jugeons avec nos instincts et suivant nos goûts avant de juger par réflexion; la plupart en restent même là.