En naissant tout homme est un Faust qui doit tout embrasser, tout éprouver, tout exprimer. Ce sont les erreurs de ses prédécesseurs et de ses contemporains qui ont fait de Faust un savant. Les progrès de la science obéissent à la loi de la répulsion : pour faire un pas en avant, il faut commencer par renverser la domination de l'erreur et des fausses théories. Les progrès de l'art se font selon la loi de l'attraction : pour faire un pas en avant, il faut commencer par suivre et par imiter ses prédécesseurs et par s'incliner devant eux.
Auteur
Boris Pasternak
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Notre système nerveux n'est pas un vain mot ni une invention. C'est un corps physique composé de fibres. Notre âme est située dans l'espace et se place en nous comme les dents dans la bouche. On ne peut sans cesse la violenter impunément.
Et qu'est-ce que l'histoire? C'est la mise en chantier de travaux destinés à élucider progressivement le mystère de la mort et à la vaincre un jour.
Qu'est-ce qu'un peuple ? demandes-tu. Faut-il donc tellement s'en occuper. Celui qui, sans se soucier de son peuple, l'entraîne à sa suite dans l'universel par la beauté triomphante de ses œuvres, celui qui donne ainsi la gloire, et par la même l'éternité, en fait-il pas davantage pour lui ? Oui, c'est évident. Comment peut-il être question de peuples depuis l'ère chrétienne ? Il n'y a plus de simples peuples, mais des peuples convertis, transfigurés, et c'est précisément cette conversion qui compte, et non la fidélité à de vieux principes.
L'homme est né pour vivre et non pour se préparer à vivre. Et la vie elle-même, le phénomène de la vie, le don de la vie, quoi de plus précieux, de plus enivrant !
Tu ne peux pas imaginer quel calice d'amertume a dû boire la malheureuse population juive pendant cette guerre que l'on fait justement dans les provinces de l'Ouest où les Juifs sont parqués. Et pour les dédommager de ces épreuves, de ces exactions et de ces ruines, on ne trouve rien de mieux que les pogromes, les sarcasmes, et on les accuse de manquer de patriotisme. Et d'où leur viendrait-il, ce patriotisme, alors qu'ils jouissent de tous les droits chez l'ennemi, tandis que chez nous, ils ne rencontrent que des persécutions ?
Adieu, mon grand, mon amour, adieu ma fierté, adieu ma rivière rapide et profonde. Comme j'aimais embrasser tes flots, comme j'aimais me jeter dans la fraîcheur de tes vagues !
Et le peuple est un enfant, il faut le connaître, il faut connaître sa psychologie, il faut savoir le prendre. Il faut savoir toucher ses cordes les plus sensibles et le faire vibrer.
Je ne suis plus, tu vis encore, - \r\nEt le vent qui gémit et pleure, \r\nBalance forêt et demeure, - \r\nNon pas à part chaque sapin, - \r\nMais tout entière, tous ses arbres, - \r\nTout l'infini de ses lointains, - \r\nComme de grands voiliers au large - \r\nSur l'eau paisible du mouillage, - \r\nEt ce n'est pas par pur entrain - \r\nOu par fureur capricieuse, - \r\nMais pour donner à ton chagrin - \r\nLes mots qu'il faut à ta berceuse.
N'allez pas sous un ciel beau et chaud - \r\nMe chercher au milieu de gens secs. - \r\nMa ferveur m'a mouillé jusqu'aux os. - \r\nJ'habite le Nord depuis des siècles.
Chez nos écrivains j'aime aujourd'hui par-dessus tout la simplicité, si russe, de Pouchkine et de Tchékov, leur éloignement pudique des grands mots, des buts derniers de l'humanité et de leur destin particulier. Non qu'ils ne se posent le problème, mais sans présumer de se consacrer à des thèmes si élevés.