Adieu, mon grand, mon amour, adieu ma fierté, adieu ma rivière rapide et profonde. Comme j'aimais embrasser tes flots, comme j'aimais me jeter dans la fraîcheur de tes vagues !

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Mais qu'est-ce que la conscience ? Vouloir consciemment s'endormir, c'est l'insomnie à coup sûr, s'efforcer de prendre conscience du travail de sa propre digestion, c'est courir à un dérèglement nerveux. La conscience est un poison, un instrument d'auto-intoxication pour le sujet qui se l'applique à lui-même.
L'homme est né pour vivre et non pour se préparer à vivre. Et la vie elle-même, le phénomène de la vie, le don de la vie, quoi de plus précieux, de plus enivrant !
Tu ne peux pas imaginer quel calice d'amertume a dû boire la malheureuse population juive pendant cette guerre que l'on fait justement dans les provinces de l'Ouest où les Juifs sont parqués. Et pour les dédommager de ces épreuves, de ces exactions et de ces ruines, on ne trouve rien de mieux que les pogromes, les sarcasmes, et on les accuse de manquer de patriotisme. Et d'où leur viendrait-il, ce patriotisme, alors qu'ils jouissent de tous les droits chez l'ennemi, tandis que chez nous, ils ne rencontrent que des persécutions ?
Tant que l'ordre des choses avait permis aux privilégiés de faire des folies et de jouer les originaux aux frais des pauvres gens, il avait été facile de prendre pour de la personnalité ces pitreries, ce droit d'être inutile dont jouissait une minorité aux dépens de la masse ! Mais dès qu'on avait vu se relever les humbles, dès qu'on avait aboli les privilèges de la bonne société, tout le monde s'était décoloré ; chacun, sans regret, avait renoncé à une originalité de pensée qu'il n'avait jamais eue réellement.
Transformer la vie ! Ceux qui parlent ainsi en ont peut-être vu de toutes les couleurs, mais la vie, ils n'ont jamais su ce que c'était, ils n'en ont jamais senti le souffle, l'âme. L'existence pour eux, c'est une poignée de matière brute qui n'a pas été ennoblie par leur contact et qui attend d'être travaillée par eux. Mais la vie n'est pas une matière ni un matériau. La vie, si vous voulez le savoir, n'a pas besoin de nous pour se renouveler et se refaçonner sans cesse, pour se refaire et se transformer éternellement. Elle est à cent lieues au-dessus de toutes les théories obtuses que vous et moi pouvons faire à son sujet.
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L'homme est né pour vivre et non pour se préparer à vivre.
Peut-être faut-il que parmi tous les personnages qui figurent dans une vie, il se trouve une force inconnue, un être presque symbolique qui vient à votre secours sans qu'on l'appelle.
De plus, souvenez-vous: jamais, en aucune circonstance, il ne faut désespérer. Espérer et agir, voila notre devoir dans le malheur. Un désespoir inactif, c'est le refus et l'oublie du devoir.
L'histoire était un deuxième univers, que l'homme, à l'aide des phénomènes du temps et de la mémoire, avait édifié en réponse au phénomène de la mort.
Ma charmante, mon inoubliable ! Tant que les creux de mes bras se souviendront de toi, tant que tu seras encore sur mon épaule et sur mes lèvres, je serai avec toi. Je mettrai toutes mes larmes dans quelque chose qui soit digne de toi, et qui reste. J'inscrirai ton souvenir dans des images tendres, tendres, tristes à vous fendre le coeur. Je resterai ici jusqu'à ce que ce soit fait. Et ensuite je partirai moi aussi.