L'âge est un secret bien gardé. Dire que ce qu'est la vieillesse, c'est chercher à décrire la neige à des gens qui vivent sous les tropiques.
Je mesurais à quel point dans une vie commune tout est une question de regard : on peut s'irriter ou s'attendrir devant un même geste selon que l'on cherche une raison de vivre avec quelqu'un ou de le quitter.
Ca dure toute la vie, une évasion. C'est tout le temps à refaire.
Dans la vie, les défaites sont bien plus riches que les victoires. Elles font réfléchir, évaluer, alors que le bonheur est souvent un statu quo.
A vingt ans, on voudrait tout et on peut raisonnablement tout espérer. A trente ans, on peut croire encore qu'on l'aura. A quarante ans, il est trop tard. Ce n'est pas que l'on ait soi-même vieilli, c'est l'espérance qui a vieilli en soi.
Quand les sentiments se vantent d'être profonds, c'est qu'ils manquent de surface.
Mais celui qui parle le langage de la raison est celui qui aime le moins.
Se suicider peut être doublement criminel : parfois, on ne tue pas que soi-même.
J'ai trop aimé courir, grimper, skier, conduire un voiture pour accepter de m'installer aux commandes d'un déambulateur.
La vie, c'est comme la culture : l'essentiel c'est ce qui reste quand on a vécu.
Si on y pense, nous sommes une insulte à la perfection de l'univers et jamais plus la septuagénaire que je suis ne marchera comme vénus parmi les vagues.
Demain, ils vont se quitter, et se quitter, pour eux, c'est se perdre, peut-être pour toujours.
Vieillir c'est peut-être ne plus supporter les autres.
Œuvres de Benoîte Groult