Maman est au paradis socialiste. Camarade Papa à la commune de Paris. Moi je pars pour l'enfer des colonies d'Afrique et d'Asie.
Auteur
Armand Patrick Gbaka-Brédé , dit Gauz
Ça plaisait aux gens de croire que j'avais été longtemps vigile, alors que je ne l'ai été que deux ans. C'est bien, l'histoire du grand Noir sympa qui est vigile et qui écrit un bouquin. Mais, dans le fond, Voyage au bout de la nuit, que personne ne réduit à un roman autobiographique, colle plus à la vie de Céline que Debout-Payé à la mienne !
À la maison, Maman me parle le néerlandais de l'école, Camarade Papa le français de la révolution. Entre eux, ils parlent le cri. Le cri du peuple souverain pour dénoncer l'odieuse pression capitaliste sur les sources de ressources.
Maman dit que les histoires qui nous touchent, il faut les enfermer au fond de son coeur pour ne pas les oublier. Alors les grands-soirs-Maman, on fait des échanges de prisonniers : mes histoires de classe populaire, inclus les bagarres avec Marko-le-jaloux, contre ses rêves de socialisme africain.
Les maîtresses ne me dérangent pas. J'ai plusieurs leçons d'avance. Elles disent même que j'ai des années. Elles veulent que je parte dans une école spéciale loin du quartier. Sacriprivilège ! On vit dans le quartier rouge. Le plus beau de la ville. Camarade Papa refuse avec catégorie que je change de classe populaire parce qu'un bon révolutionnaire ne doit pas être coupé du peuple.