Auteur

Antoine de Saint-Exupéry

Aimer, aimer seulement, quelle impasse!
Ces hommes là sont heureux parce qu'ils aiment ce qu'ils font, et ils l'aiment parce que je suis dur.
Pour se faire aimer, il suffit de plaindre. Je ne plains guère ou je le cache.
Ce n'est pas le danger que j'aime. Je sais ce que j'aime. C'est la vie.
Il faut autour de soi pour exister des réalités qui durent.
J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence.
Aucun espoir tant que vous ne ressentirez pas de nouveau comme un coup porté à tous les hommes l'injustice subie par un seul.
Quand tu trouves un diamant qui n'est à personne, il est à toi. Quand tu trouve une île qui n'est à personne, elle est à toi.
Une tyrannie totalitaire pourrait nous satisfaire, elle ausi, dans nos besoins matériels. Mais nous ne sommes pas un bétail à l'engrais.
Cet aspect neuf du monde après l'étape difficile, ces arbres, ces fleurs, ces femmes, ces sourires fraichement colorés par la vie qui vient de nous être rendue à l'aube, ce concert de petites choses, l'argent ne les achète pas.
La connaissance: ce n'est point la possession de la vérité, mais d'un langage cohérent.
Voyez-vous dans la vie, il n'y a pas de solutions. Il y a des forces en marche: il faut les créer, et les solutions les suivent.
Cette nuit de vol et ses cent mille étoiles, cette sérénité, cette souveraineté de quelques heures, l'argent ne les achète pas.
Pour se faire aimer, dira-t-il, il suffit de plaindre. Je ne plains guère, ou je le cache...
Quand on lui réclamait des solutions parfaites, qui écarteraient tous les risques: «C'est l'expérience qui dégagera les lois, répondait-il, la connaissance des lois ne précède jamais l'expérience.»
Seule compte la démarche. Car c'est elle qui dure et non le but qui n'est qu'illusion du voyageur quand il marche de crête en crête comme si le but atteint avait un sens.
La vérité d'hier est morte, celle de demain est encore à bâtir. Aucune synthèse valable n'est entrevue, et chacun d'entre nous ne détient qu'une parcelle de vérité.
Et m'apparaissait peu à peu cette vérité pourtant éclatante que qui aime le bien est indulgent au mal.
J'exigerai ton audience en retour. Je n'ai que faire de l'ami qui ne me connaît pas et réclame des explications.
Les contes de fées c'est comme ça. Un matin on se réveille. On dit: ce n'était qu'un conte de fées. On sourit de soi. Mais au fond on ne sourit guère. On sait bien que les contes de fées c'est la seule vérité de la vie.
Je découvre avec mélancolie que mon égoïsme n'est pas si grand puisque j'ai donné à autrui le pouvoir de me faire de la peine.
La route invisible de la pesanteur délivre la pierre. Les pentes invisibles de l'amour délivrent l'homme.
Ma civilisation a cherché à faire de chaque homme l'Ambassadeur d'un même prince. Elle a considéré l'individu comme chemin ou message de plus grand que lui-même, elle a offert à la liberté de son ascension des directions aimantées.
Ma civilisation est héritière des valeurs chrétiennes. Je réfléchirai sur la construction de la cathédrale, afin de mieux comprendre son architecture.
Ma civilisation, héritant de Dieu, a fait les hommes égaux en l'Homme.

Œuvres de Antoine de Saint-Exupéry

ApocrypheAu docteur Henri Comte, à Casablanca, après le succès de Terre des hommes.CarnetsCarnets (1953)Citadelle (1948)Citadelle (1948), CCIVCitadelle (1948), CLIICitadelle (1948), CLVIIICitadelle (1948), CLXIXCitadelle (1948), CLXVCitadelle (1948), CLXXIVCitadelle (1948), CLXXVCitadelle (1948), CXCICitadelle (1948), CXCVICitadelle (1948), CXCVIIICitadelle (1948), CXLIICitadelle (1948), CXXIIICitadelle (1948), CXXVCitadelle (1948), CXXXIICitadelle (1948), II