Auteur

André Breton

La nuit est venue tout d'un coup comme une grande rosace de fleurs retournée sur nos têtes.
Quand je lui dis: «Prends ce verre fumé qui est ma main dans tes mains, voici l'éclipse», elle sourit et plonge dans les mers pour en ramener la branche de corail du sang.
L'aimer, j'y ai songé comme on aime. Mais la moitié d'un citron vert, ses cheveux de rame, l'étourderie des pièges à prendre les bêtes vivantes, je n'ai pu m'en défaire complètement.
Je rapporte des fruits sauvages, des baies ensoleillées que je lui donne et qui sont entre ses mains des bijoux immenses.
Servantes de la faiblesse, servantes du bonheur, les femmes abusent de la lumière dans un éclat de rire.
La nuit est venue, pareille à un saut de carpe à la surface d'une eau violette et les étranges lauriers s'entrelacent un ciel qui descend de la mer.
Le délire d'interprétation ne commence qu'où l'homme mal préparé prend peur dans cette forêt d'indices.
La pluie commence à tomber, c'est une grâce éternelle et elle comporte les plus tendres reflets.
Au sud, dans une anse, l'amour secoue ses cheveux remplis d'ombre et c'est un bateau propice qui circule sur les toits.
La tentation de retoucher à distance l'expression d'un état émotionnel, faute de pouvoir au présent la revivre, se solde inévitablement par la dissonance et l'échec.
La vie est autre que ce qu'on écrit.
La sympathie qui existe entre deux, entre plusieurs êtres semble bien les mettre sur la voie de solutions qu'ils poursuivraient séparément en vain.
Dans la jungle de la solitude, un beau geste d'éventail peut faire croire à un paradis.
Sur le plan intellectuel, c'est en me laissant aller au fond de l'ennui qu'il m'est arrivé de rencontrer des solutions insolites, tout à fait hors de recherche à pareil moment et dont certaines m'ont valu des raisons de vivre.
Il faut être allé au fond de la douleur humaine, en avoir découvert les étranges capacités, pour pouvoir saluer du même don sans limites de soi-même ce qui vaut la peine de vivre.
Les aspirations de l'homme à la liberté doivent être maintenues en pouvoir de se recréer sans cesse; c'est pourquoi elle doit être conçue non comme état mais comme force vivre entraînant une progression continuelle.
Pourquoi n'accorderais-je pas au rêve ce que je refuse parfois à la réalité, soit cette valeur de certitude en elle-même, qui, dans son temps, n'est point exposée à mon désaveu?
Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité, si l'on peut ainsi dire.
Qu'est-ce que la beauté? C'est un cri aérien!
Qu'est-ce que la liberté? Une multitude de points multicolores dans les paupières.
Qu'est-ce que l'exaltation? C'est une tache d'huile dans un ruisseau.
Qu'est-ce que les yeux? Le veilleur de nuit dans une usine de parfums.
Qu'est-ce que la femme? Une étoile dans l'eau.
Qu'est-ce que le jour? Une femme qui se baigne nue à la tombée de la nuit.
Qu'est-ce qu'un lit? Un éventail vite déplié. Le bruit d'une aile d'oiseau.

Œuvres de André Breton

Anthologie de l'humour noir (1940)Arcane 17 (1945)Avis aux lecteurs pour \"La Femme 100 têtes\" de Max ErnstBulletin Dada n° 6, matinée du 5 février 1920Dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme.Fata MorganaFlagrant délit (1949)Introduction au \"Discours sur le peu de réalité\"Introduction à Jacques Rigaut dans \"Anthologie de l'humour noir\"L'Air de l'eau (1934)L'Amour fou (1937)L'Année des chapeaux rouges (1922)La Révolution surréaliste (1924-1929)La Vie de Galilée (1938)Le Revolver à cheveux blancsLe Revolver à cheveux blancs (1932)Le Soleil en laisse (1923)Le Surréalisme et la Peinture (1928)Les Champs magnétiques (1920)Les Etats généraux