Auteur

André Breton

Je ne nie pas que l'amour ait maille à partir avec la vie. Je dis qu'il doit vaincre et pour cela s'être élevé à une telle conscience poétique de lui-même que tout ce qu'il rencontre nécessairement d'hostile se fonde au foyer de sa propre gloire.
Ce que j'ai aimé un jour, que je l'aie gardé ou non, je l'aimerai toujours.
Le fait de nier en amour la persistance du coup de foudre et dans la vie la continuité parfaite de l'impossible et du possible témoignent de la perte de ce que je tiens pour le seul état de grâce.
La recréation, la recoloration perpétuelle du monde dans un seul être, telles qu'elles s'accomplissent par l'amour, éclairent en avant de mille rayons la marche de la terre.
Ils disent - que ne disent-ils pas! - que le monde n'a plus aucune curiosité à donner du côté où nous sommes, ils nous objectent lugubrement que le temps des contes est fini. Fini pour eux!
Dans les lettres que je reçois d'elle, ce qui me touche le plus, ce pour quoi je donnerais tout le reste, c'est le post-scriptum.
Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas de coeur, la main reste toujours au désespoir hors d'haleine, au désespoir dont les glaces ne nous disent jamais s'il est mort. Je vis de ce désespoir qui m'enchante.
Je n'en ai jamais démérité, je n'ai jamais cessé de ne faire qu'un de la chair de l'être que j'aime et de la neige des cimes au soleil levant.
Il a fallu que Colomb partît avec des fous pour découvrir l'Amérique. Et voyez comme cette folie a pris corps et durée.
Tout porte à croire qu'il existe un point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et l'avenir,le haut et le bas, le communicable et l'incommunicable cesseront d'être perçus contradictoirement.
En te voyant pour la première fois, c'est sans la moindre hésitation que je t'ai reconnue.
Le choix initial en amour n'est pas réellement permis dans la mesure même où il tend exceptionnellement à s'imposer, il se produit dans une atmosphère de non-choix.
Le coeur humain est beau comme un sismographe.
Toutes les idées qui triomphent courent à leur perte.
Je vous souhaite d'être follement aimée.
Vous êtes issue du seul miroitement de ce qui fut assez tard pour moi l'aboutissement de la poésie à laquelle je m'étais voué dans ma jeunesse, de la poesie que j'ai continué à servir, au mépris de tout ce qui n'est pas elle.
Si vous vouliez, pour vous je ne serais rien, ou qu'une trace.
Ni dynamique, ni statique, la beauté je la vois comme je t'ai vue. Comme j'ai vu ce qui, à l'heure dite et pour un temps dit, dont j'espère et de toute mon âme je crois qu'il se laissera redire, t'accordait à moi.
Tourne, sol, et toi, grande nuit, chasse de mon coeur tout ce qui n'est pas la foi en mon étoile nouvelle!
Le mécanisme logique de la phrase se montre à lui seul de plus en plus impuissant, chez l'homme, à déclencher la secousse émotive qui donne réellement quelque prix à sa vie.
Tout ce que je sais est que cette substitution de personnes s'arrête à toi, parce que rien ne t'est substituable.
Elle est comme le coeur d'une fleur sans coeur.
Le parc, à cette heure, étendait ses mains blondes au-dessus de la fontaine magique.
Un château sans signification roulait à la surface de la terre. Près de Dieu le cahier de ce château était ouvert sur un dessin d'ombres, de plumes, d'iris.
Dans ses rêves il y a des noyers noirs.

Œuvres de André Breton

Anthologie de l'humour noir (1940)Arcane 17 (1945)Avis aux lecteurs pour \"La Femme 100 têtes\" de Max ErnstBulletin Dada n° 6, matinée du 5 février 1920Dans le Dictionnaire abrégé du surréalisme.Fata MorganaFlagrant délit (1949)Introduction au \"Discours sur le peu de réalité\"Introduction à Jacques Rigaut dans \"Anthologie de l'humour noir\"L'Air de l'eau (1934)L'Amour fou (1937)L'Année des chapeaux rouges (1922)La Révolution surréaliste (1924-1929)La Vie de Galilée (1938)Le Revolver à cheveux blancsLe Revolver à cheveux blancs (1932)Le Soleil en laisse (1923)Le Surréalisme et la Peinture (1928)Les Champs magnétiques (1920)Les Etats généraux