Auteur

Alexis Carrel

Après tout, c'est le développement de la personnalité humaine qui est le but suprême de la civilisation.
De tous temps, l'humanité s'est contemplée à travers des verres colorés par des doctrines, des croyances et des illusions.
La civilisation a pour but non pas le progrès de la science et des machines, mais celui de l'homme.
Et quand ils prêchent la nécessité de l'amour du prochain, ils oublient toujours que le devoir de chacun est, non seulement d'aimer les autres, mais encore et surtout de se rendre soi-même digne d'être aimé par les autres.
La réussite de la vie est une nécessité pressante de notre époque, car l'homme moderne a le pouvoir de détruire ou de construire. La tâche capitale de l'humanité est non pas la production, l'art ou la science, mais la réussite de la vie.
Comme nous le savons, les mécanismes adaptatifs qui nous protègent contre les microbes et les virus varient suivant chacun de nous.
Aujourd'hui, dans cet âge d'égoïsme et de bassesse, une multitude d'hommes et de femmes, suivent encore, sur les champs de bataille, dans les monastères, ou dans la désolation de la Cité moderne, la route de l'héroïsme, du renoncement et de la sainteté.
Les écoles n'enseignent ni la discipline de soi-même, ni l'ordre, ni la politesse, ni le courage. Les programmes scolaires ne mettent pas suffisamment les enfants en contact avec la beauté des choses et celle de l'art.
Il y a des choses évidemment mauvaises parce qu'elles tuent, paralysent, corrompent ou diminuent l'individu: par exemple le bacille de la peste, le virus de la fièvre jaune, le vin à haute dose, la tuberculose, le cinéma, la radio.
C'est quand l'individu est sorti des mains des professeurs et libéré des examens et des concours, qu'il peut commencer son éducation intellectuelle.
Les uns sont capables de travaux que les autres ne peuvent pas réussir. Ils forment donc une association d'éléments hétérogènes, mais complémentaires.
Il n'y a que deux passions capables de construire, l'une est l'amour, et l'autre la peur.
Seul, l'amour a la puissance de renverser les remparts derrière lesquels s'abrite notre égoïsme; d'allumer en nous l'enthousiasme.
La philosophie s'essaye toujours à réunir l'ensemble de nos connaissances en harmonieuse synthèse, à spéculer sur l'origine et la nature des choses, et à édifier des doctrines capables de satisfaire les aspirations de notre âme.
La prière représente l'effort de l'homme pour communier avec un être invisible, créateur de tout ce qui existe, suprême sagesse, force et beauté, père et sauveur de chacun de nous.
L'esprit est à la fois raison et sentiment. Il nous faut donc aimer la beauté de la science et aussi la beauté de Dieu. Nous devons écouter Pascal avec autant de ferveur que nous écoutons Descartes.
Depuis que les conditions naturelles de l'existence ont été supprimées par la civilisation moderne, la science de l'homme est devenue la plus nécessaire de toutes les sciences.
Les grands artistes furent presque toujours de grands amoureux.
Le sacrifice de soi-même n'est pas difficile lorsqu'on est brûlé par la passion d'une grande aventure. Et il n'y a pas d'aventure plus belle et plus dangereuse que la rénovation de l'homme moderne.
L'intelligence n'entraîne jamais les hommes à l'action. Seuls, la peur, l'enthousiasme, l'esprit de sacrifice, la haine ou l'amour peuvent donner la vie aux créations de l'esprit.
Il faut rendre à l'être humain, standardisé par la vie moderne, sa personnalité... Nous devons briser les cadres de l'école, de l'usine, et du bureau, et rejeter les principes même de la civilisation technologique.
La stupidité et la tristesse de la civilisation présente sont dues, au moins en partie, à la suppression des formes élémentaires de la jouissance esthétique dans la vie quotidienne.
À nous, hommes d'Occident, la raison semble très supérieure à l'intuition. Nous préférons de beaucoup l'intelligence aux sentiments. La science rayonne tandis que la religion s'éteint. Nous suivons Descartes, et délaissons Pascal.
Nous suivons Descartes, et délaissons Pascal. Aussi cherchons-nous d'abord à développer en nous l'intelligence. Quant aux activités non intellectuelles de l'esprit, telles que le sens moral, le sens du beau et surtout le sens du sacré, elles sont négligées de façon presque complète. L'atrophie de ces activités fondamentales fait de l'homme moderne un être spirituellement aveugle. Une telle infirmité ne lui permet pas d'être un bon élément constitutif de la société. C'est à la mauvaise qualité de l'individu qu'il faut attribuer l'effondrement de notre civilisation. En fait, le spirituel se montre aussi indispensable à la réussite de la vie que l'intellectuel et le matériel. Il est donc urgent de ressusciter en nous-mêmes les activités mentales qui, beaucoup plus que l'intelligence, donnent sa force à la personnalité. La plus ignorée d'entre elles est le sens du sacré, ou sens religieux.
Le sens du sacré s'exprime surtout par la prière. La prière, comme le sens du sacré, est, de toute évidence, un phénomène spirituel. Or, le monde spirituel se trouve hors de l'atteinte de nos techniques. Comment donc acquérir une connaissance positive de la prière? Le domaine de la science comprend heureusement la totalité de l'observable. Et il peut, par l'intermédiaire du physiologique, s'étendre jusqu'aux manifestations du spirituel. C'est donc par l'observation systématique de l'homme qui prie que nous apprendrons en quoi consistent le phénomène de la prière, la technique de sa production et ses effets.

Œuvres de Alexis Carrel

L' Homme, cet inconnu (1935)L'Homme, cet inconnuL'Homme, cet inconnu (1935)Réflexions sur la conduite de la vie (1950)Un médecin parle de la prière (1944)Voyage à Lourdes suivi de Fragments de Journal et Méditations (1949)