Aucune bête n'a jamais pu prétendre égaler, en diversité comme en degré, les raffinements de la cruauté dont est capable la race humaine.

À lire aussi de Arundhati Roy

A l'heure magique où la lumière survit au soleil, des armées de roussettes se décrochent des Banyans dans le vieux cimetière et dérivent comme fumée à travers le ciel. Quand les chauves-souris s'en vont, les corbeaux s'en viennent. Le vacarme de leur retour au nid ne suffit pas à combler le silence creusé par la disparition des moineaux et l'absence des vieux vautours à dos blanc, gardiens des morts depuis plus de cent millions d'années, qui ont été exterminés. Empoisonnés au diclofénac. Le diclofénac ou aspirine des vaches, administré au bétail comme décontractant pour atténuer les douleurs musculaires et augmenter la production de lait, agit -- ou plutôt agissait -- à la façon d'un gaz neurotoxique sur les vautours à dos blanc.
Le moment avait eu la brièveté d'un battement de cœur, mais c'était sans importance. Faire partie de l'Histoire, fût-ce par un petit rire, c'était habiter une autre planète que celle où on en était absent, absenté, caviardé. Un simple rire, qui sait, pouvait peut-être ouvrir une brèche dans le mur vertigineux du futur.
D'un point de vue purement pratique, il serait sans doute exact de dire que tout commença avec l'arrivée de Sophie Mol à Ayemenem. On dit que les choses peuvent changer en l'espace d'une journée - c'est peut-être vrai. Qu'il suffit de quelques heures pour faire basculer toute une vie. Et que, quand pareille chose se produit, ces quelques heures, à l'instar des restes d'une maison incendiée - l'horloge calcinée, les photos racornies, le mobilier carbonisé -, il convient de les exhumer des ruines. Pour les conserver les préserver. Les faire revivre.
La grande littérature indienne existe de tout temps. Elle n'a pas de moment originel.
La retraite est rarement indulgente envers les hommes de pouvoir.
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L'air résonnait de Pensées et de Choses à Dire. Mais dans des moments comme ceux-là, on ne dit que les Petites Choses. Les Grandes, tapies à l'intérieur, restent inexprimées.
Le bonheur en rêve, est-ce qu'il compte comme le vrai ?
Tant de choses peuvent changer en l'espace d'une journée.
Toutes les familles connaissent ça : chacun appuie là où il sait faire mal, comme un docteur un peu sadique.
Le danseur kathakali est le plus beau des hommes. Parce que son corps n'est rien d'autre que son âme. Son seul instrument. Depuis l'âge de trois ans, il a été façonné, polissé, ciselé, ouvragé, attelé tout entier à cette tâche qui consiste à raconter des histoires. Il a de la magie en lui, cet homme, sous son masque peint et ses jupes tourbillonnantes.