Je me bats pour le droit de la femme à choisir ses maternités.
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Au procès de Bobigny, je décidai de tout dire de l’action des femmes et de ma propre expérience. Je commençai par un aveu-provocation : j’ai avorté, j’ai commis ce délit.
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On ne parle pas de la même manière à ses petits-enfants qu'à ses enfants. On a plus de fantaisie. Pour moi, avoir eu une petite-fille fut un moment charnière de mon existence. Pas dans une perspective de transmission. Je n'avais pas de leçon à donner.
La seule crainte, si l’on est en bonne santé, est celle de la faiblesse intellectuelle. Or je me sens en pleine capacité. Plus riche même, de l’expérience. Bien sûr, il y a certaines limites. Autrefois, pour un procès d’assises, comme celui de Bobigny, je pouvais travailler une nuit entière sur un dossier, me doucher, prendre un café et aller plaider. Aujourd’hui, je ne pourrais pas aller au-delà d’une heure du matin. Mais c’est assez minime. Ce n’est pas si désagréable de vieillir si l’on ne coupe pas la vie en étapes, si on ne se dit pas : « Maintenant c’est fini, je suis entrée dans la vieillesse ».
Notre numéro de Sécurité sociale commence par le chiffre 2. Celui des hommes par le chiffre 1. Ce n’est évidemment pas un hasard. Nous restons reléguées au second rang, inessentielles derrière les essentiels.
Grands-parents, on jouit d'une sorte d'irresponsabilité. On a les enfants en week-end, pendant les vacances, on n'a pas à régler la question de l'école. On est dans une sorte de bien-être. On a une relation plus libre et plus gaie avec eux. Les parents sont prisonniers du quotidien.
Dans la même œuvre
Ma dignité d’avocate ne saurait museler ma liberté de femme.
En 1971, je signai le Manifeste des 343 pour l’avortement, aux côtés de femmes célèbres, symboles pour le monde de la beauté, de l’intelligence, de la culture françaises. Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Françoise Fabian, comme Marguerite Duras, Françoise Sagan et, naturellement, Simone de Beauvoir n’hésitèrent pas à descendre dans l’arène pour la cause des femmes. Nous dénoncions le scandale de l’avortement clandestin, le scandale de la répression de classe, le scandale du silence.
En 1971, je signai le Manifeste des 343 pour l’avortement, aux côtés de femmes célèbres, symboles pour le monde de la beauté, de l’intelligence, de la culture françaises. Simone de Beauvoir m’avait dit, allant droit au fait comme à son habitude : « Gisèle, vous ne pouvez pas signer, comme avocate. Mais tâchez de nous récolter des noms, autour de vous.» Cette bataille méritait bien de se mener sur plusieurs fronts : changer la loi, s’expliquer devant l’ordre, en cas de poursuite. La peine de suspension, ou de radiation, me semblait faire partie, à ce moment, de la logique de notre histoire de femmes. Je signai, je crois, en avocate solitaire.
Les hommes sont comme les orangers. Il leur faut choisir ce qui les aide à vivre, ce qui les épanouit. Fillette, je ne le savais pas encore. Je n'aimais pas le lait et je détestait la contrainte. Mais je croyais juste de l'imposer à l'arbre qui m'était si cher.
La vie entre les gens, l'histoire entre les peuples sont faites de ces contradictions. Se font à travers ces contradictions.