Terezín. Drancy. Ces lieux que leurs noms précèdent, dont l'ombre occulte la réalité géographique, humaine.

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Ils sont debout devant une forme sombre : un immense ballon tombé, immobile comme un animal échoué. On sent, dans le tissu tendu, le souffle d'un vent, comme si une bouche immense le gonflait encore.
A peine un engin volant s'est-il écrasé qu'un autre prend le relais, nouveau maillon de la chaîne qui peu à peu quitte la terre. Longtemps, on a eu le nez dans le paysage, on en était une part minuscule, enfouie, aveugle, on ne l'appelait même pas paysage, cette nature qu'on sentait avant de la voir – l'hostilité de la chaleur et du froid, les cultures à discipliner à la force des bras, le noir de la forêt dont on faisait les contes. Pour la changer en paysage, il a fallu prendre de la distance, celle que donnent la peinture comme la cartographie, appeler sublimes les lieux qu'on n'avait pas encore apprivoisés, les pôles, les mers, les montagnes acérées, classifier le monde et pour cela s'élever, toujours, dans des ballons, dans des avions, un jour dans des stations spatiales.
S'ils s'improvisent conservateurs de la banquise, rapporteurs d'ossements et d'algues, photographes des terres lointaines et des moindres actions de leur vie quotidienne, c'est qu'il y a quelque chose d'encore plus fragile qu'ils veulent sans doute sauver. Pas seulement le lieu où ils se tiennent mais la croyance en un retour- la ville bruyante et la maison lointaine, le lien avec qui les attend.
À Theresienstadt meurent l'un après l'autre les espoirs. Les conditions de vie des internés et la ville fictive bâtie sur leur malheur sont comme deux couches qui ne se superposent jamais. Sur les 140 000 Juifs qui y ont été internés, 88 000 seront déportés vers les camps et les ghettos de l'Est. Plus de 33 000 mourront sur place, victimes de la faim, de maladie, de la violence. Seuls environ 17 000 survivront.
Si l'on omet ces scories, si l'on tente de les soulever comme un voile, il reste, noir sur blanc, près de la masse du ballon, deux silhouettes, comme tenues dans le vide par une main invisible.
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À Theresienstadt meurent l'un après l'autre les espoirs. Les conditions de vie des internés et la ville fictive bâtie sur leur malheur sont comme deux couches qui ne se superposent jamais. Sur les 140 000 Juifs qui y ont été internés, 88 000 seront déportés vers les camps et les ghettos de l'Est. Plus de 33 000 mourront sur place, victimes de la faim, de maladie, de la violence. Seuls environ 17 000 survivront.
À mesure que je retranscrirai plus tard ces paroles par écrit, je serai frappée par la faculté de la conversation à se séparer en embranchements multiples, revenir en arrière, changer de cap. Cet éclatement en fait presque l'exact contraire de la fiction où l'on tend, même en l'absence de structure ou de plan, vers un fil narratif alors que la parole ne cesse de créer des déviations, des digressions qu'il est, justement, si difficile de créer de toutes pièces. Quand la conversation semblait fluide, logique, l'écrit révèle son désordre et il ne reste sur le papier, comme d'un lieu sur une carte, que des ramifications qu'il faudra, par la suite, réinterpréter pour retrouver le fil de l'histoire.