Œuvre

Une île, une forteresse,Terezín (2015)

À Theresienstadt meurent l'un après l'autre les espoirs. Les conditions de vie des internés et la ville fictive bâtie sur leur malheur sont comme deux couches qui ne se superposent jamais. Sur les 140 000 Juifs qui y ont été internés, 88 000 seront déportés vers les camps et les ghettos de l'Est. Plus de 33 000 mourront sur place, victimes de la faim, de maladie, de la violence. Seuls environ 17 000 survivront.
Terezín. Drancy. Ces lieux que leurs noms précèdent, dont l'ombre occulte la réalité géographique, humaine.
À mesure que je retranscrirai plus tard ces paroles par écrit, je serai frappée par la faculté de la conversation à se séparer en embranchements multiples, revenir en arrière, changer de cap. Cet éclatement en fait presque l'exact contraire de la fiction où l'on tend, même en l'absence de structure ou de plan, vers un fil narratif alors que la parole ne cesse de créer des déviations, des digressions qu'il est, justement, si difficile de créer de toutes pièces. Quand la conversation semblait fluide, logique, l'écrit révèle son désordre et il ne reste sur le papier, comme d'un lieu sur une carte, que des ramifications qu'il faudra, par la suite, réinterpréter pour retrouver le fil de l'histoire.