On ne sait où est le sol, où est le ciel, que parce que leurs pieds sont posés quelque part. Sans elles, on pourrait aussi bien croire à une falaise de glace qu'à un morceau de sucre tenu entre deux doigts.
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Si l'on omet ces scories, si l'on tente de les soulever comme un voile, il reste, noir sur blanc, près de la masse du ballon, deux silhouettes, comme tenues dans le vide par une main invisible.
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Terezín. Drancy. Ces lieux que leurs noms précèdent, dont l'ombre occulte la réalité géographique, humaine.
S'ils s'improvisent conservateurs de la banquise, rapporteurs d'ossements et d'algues, photographes des terres lointaines et des moindres actions de leur vie quotidienne, c'est qu'il y a quelque chose d'encore plus fragile qu'ils veulent sans doute sauver. Pas seulement le lieu où ils se tiennent mais la croyance en un retour- la ville bruyante et la maison lointaine, le lien avec qui les attend.
Certaines histoires poussent à partir loin avant de revenir au plus proche, au plus intime. Les traces de ces trois hommes réveillent peu à peu le manque de ceux qui partent et des lieux dont on rêve, le souvenir d'un temps où l'on croyait encore à la nécessité de l'aventure et à la permanence des paysages. Et la fascination se mue en écriture, et l'image entraîne le roman.
A peine un engin volant s'est-il écrasé qu'un autre prend le relais, nouveau maillon de la chaîne qui peu à peu quitte la terre. Longtemps, on a eu le nez dans le paysage, on en était une part minuscule, enfouie, aveugle, on ne l'appelait même pas paysage, cette nature qu'on sentait avant de la voir – l'hostilité de la chaleur et du froid, les cultures à discipliner à la force des bras, le noir de la forêt dont on faisait les contes. Pour la changer en paysage, il a fallu prendre de la distance, celle que donnent la peinture comme la cartographie, appeler sublimes les lieux qu'on n'avait pas encore apprivoisés, les pôles, les mers, les montagnes acérées, classifier le monde et pour cela s'élever, toujours, dans des ballons, dans des avions, un jour dans des stations spatiales.
Dans la même œuvre
A peine un engin volant s'est-il écrasé qu'un autre prend le relais, nouveau maillon de la chaîne qui peu à peu quitte la terre. Longtemps, on a eu le nez dans le paysage, on en était une part minuscule, enfouie, aveugle, on ne l'appelait même pas paysage, cette nature qu'on sentait avant de la voir – l'hostilité de la chaleur et du froid, les cultures à discipliner à la force des bras, le noir de la forêt dont on faisait les contes. Pour la changer en paysage, il a fallu prendre de la distance, celle que donnent la peinture comme la cartographie, appeler sublimes les lieux qu'on n'avait pas encore apprivoisés, les pôles, les mers, les montagnes acérées, classifier le monde et pour cela s'élever, toujours, dans des ballons, dans des avions, un jour dans des stations spatiales.
Tenant ferme la chaîne, on a pris de la hauteur, on s'est extraits du vert, du bleu, du profond de la terre, on a mis de l'ordre, on s'est dissociés, on a appris à nommes les pays et les plaines, les océans et jusqu'aux glaces lointaines, à faire tenir l'étendue la plus hostile dans le creux de la main, jusqu'à ce que ce vert, ce bleu, ce profond de la terre, ne soient plus que souvenirs, objets perdus.
S'ils s'improvisent conservateurs de la banquise, rapporteurs d'ossements et d'algues, photographes des terres lointaines et des moindres actions de leur vie quotidienne, c'est qu'il y a quelque chose d'encore plus fragile qu'ils veulent sans doute sauver. Pas seulement le lieu où ils se tiennent mais la croyance en un retour- la ville bruyante et la maison lointaine, le lien avec qui les attend.
On ne sait où est le sol, où est le ciel, que parce que leurs pieds sont posés quelque part. Sans elles, on pourrait aussi bien croire à une falaise de glace qu'à un morceau de sucre tenu entre deux doigts.
Ils sont debout devant une forme sombre : un immense ballon tombé, immobile comme un animal échoué. On sent, dans le tissu tendu, le souffle d'un vent, comme si une bouche immense le gonflait encore.