Souvent, dans ces hautes terres où la solitude a rouillé l’herbe, on rencontre un ruisseau, naissanc Giono Jean

Souvent, dans ces hautes terres où la solitude a rouillé l’herbe, on rencontre un ruisseau, naissance de ces torrents qui, plus bas, hennissent de roc en roc, cabrent des ventres blancs et secouent de longues crinières humides. Ici, sans bruits, comme une étincelante couleuvre, il coule, sans mouvement dirait-on, dans un lit de petits joncs nerveux. De ses abords, où se sont épaissies les bardanes, les mauves et les menthes, se lève soudain un mouton qui dormait. On découvre alors, près d’un rocher gris, une cabane de bois gris, un âne gris, un homme gris, qui depuis longtemps déjà vous regardait, mais n’a pas fait un pas vers vous. Et il ne vous parlera guère, ou par oui et par non, ou peut-être, si vous lui demandez aide, par le don silencieux d’une tranche de pain et d’un verre de lait. Il connaît tellement les chemins de par ici qu’il ne peut vous être d’aucune aide pour vous guider. il sait qu’il ne peut parler que de choses qui vous sont totalement inconnues. Il n’essaie pas.
Les Trois Arbres de Palzem, 1984
Citations de Jean Giono
Jean Giono

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