La petite cellule antinazie de Vienne dont Sedlacek faisait partie n’aurait jamais imaginé que l’offensive contre les Juifs avait pris un tour aussi systématique. Ce que lui racontait Schindler défiait toute logique : on lui demandait de croire qu’au plein milieu d’une bataille gigantesque, les nazis prélevaient des milieux d’hommes, encombraient les voies ferroviaires au détriment de la circulation du matériel de guerre, dévoyaient des ingénieurs qualifiés, des savants, des fonctionnaires, des armes, des munitions, dans le seul dessein d’exterminer un peuple pour des raisons purement psychologiques.
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Son débat intérieur était aussi absurde que celui du jeune homme qui se demande s'il doit aller faire une proposition à la fille dont il est éperdument amoureux. Une fois qu'il a pris sa décision, il n'en est pas plus avancé pour autant. Il faut encore passer à l'acte.
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Les wagons à bestiaux devenaient le symbole de leur nouvelle condition.
Une des choses que la Shoah avait apprises à ses survivants - ainsi que l'expérience d'être un Shindlerjude - était une grande flexibilité professionnelle. ils étaient prêt à faire n'importe quoi pourvu que ça leur garantisse un espace où respirer librement sur cette terre.
L'important dans toute légende, ce n'est pas tellement qu'elle soit vraie ou fausse, que les faits rapportés soient exacts, c'est que l'histoire ait pu basculer à un moment pour devenir plus vraie que la vérité elle-même.
Tous ces gens, ceux qu'on emmenait en camion sur la colline comme ceux qui restaient en bas dans leur univers de barbelés, tous étaient condamnés.
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Le paradoxe est aimé des romanciers. Le sauveur méprisé, la prostituée humaine, l'homme égoïste soudainement généreux, le fou sage et le héros lâche. La plupart des écrivains passent leur vie à écrire sur la malice inattendue de la vertu supposée vertueuse, et inattendu dans la soi-disant péché.
Le paradoxe est aimé des romanciers. La plupart des écrivains passent leur vie à écrire sur la malice inattendue de la vertu supposée vertueuse, et inattendu dans la soi-disant péché.
Le spectacle de ces femmes tirant sur les câbles et se piétinant ne l’embarrassait nullement. Ici, comme dans la rue Krakusa, la question était de savoir : qu'est-ce qui pouvait bien mettre les SS dans l'embarras ? Qu'est-ce qui pouvait bien embarrasser Amon Goeth ?
Dans le climat émotionnel du ghetto, on s'accrochait à ce qu'on voulait croire.
Les survivants se rappellent cette liste avec une telle émotion que la réalité se brouille. La liste, c'était le bien absolu. C'était la vie. Au-delà de ces quelques feuillets bourrés de noms, il n'y avait plus qu'un trou noir.