Œuvre

Voyage au Congo (1926)

Ce qui ajoute à notre indignation, c'est que les charges laissées aux femmes par nos autres porteurs, sont de beaucoup les plus lourdes.
Les femmes tapent avec un bâton sur les fruits du palmier doum afin d'amollir la pulpe ligneuse que l'on chique comme du bétel.
Combien me plaît cet homme modeste, dont l'oeuvre admirable montre ce que pourrait obtenir une administration intelligente et suivie.
Deux indigènes creusaient un trou très profond et peu large, ce qui nous laissa supposer qu'on ensevelit les morts verticalement, tout debout.
Je m'empare de quelques beaux papillons porte-queue, jaune soufré maculés de noir, très communs.
Par moments, cela sent furieusement la ménagerie. Adoum, qui s'y connaît, nous montre sur une aire de sable des traces de lion, toutes fraîches.
Jeune encore, intelligent, très conscient de l'effet qu'il veut produire, et de celui qu'il produit.
Sur la plage, fuite éperdue des troupeaux de crabes, hauts sur pattes et semblables à de monstrueuses araignées.
Un pont crève sous nous et je ne sais pas comment nous ne culbutons pas dans la rivière.
Il avoue cyniquement que, lorsque l'on ne peut pas gagner suffisamment sur la marchandise, on se rattrape en truquant les poids.
Nous examinons longuement des entonnoirs de fourmis-lions, où nous faisons dégringoler de petites fourmis en pâture.
Des traces de lion, toutes fraîches; on voit que le fauve s'est couché là; ces demi-cercles ont été tracés par sa queue.
La quantité d'enfants est inimaginable. Je tâche de les dénombrer; à cent quatre-vingts je m'arrête, pris de vertige: ils sont trop!
L'action des pluies n'a pu que très lentement désagréger ces sortes de châteaux forts ou de cathédrales aux murs quasi verticaux et durs comme de la brique.
La route était profondément détrempée et l'auto n'avançait qu'avec une désespérante lenteur.
Tous tournent en formant une vaste ronde, les uns derrière les autres, avec une extrême lenteur et un trémoussement rythmique de tout le corps, comme désossé.
Nos boys sont d'une obligeance, d'une prévenance, d'un zèle au-dessus de tout éloge.
Nos deux boys partent en avant vers six heures, avec les soixante porteurs qu'on a mis à notre disposition.
La ville indigène double la ville française, parrallèlement au fleuve.
L'eau sert sans doute aux besoins de la cuisine, après quoi il n'en reste plus pour la propreté.
Il croit devoir échauder, avant de s'en servir, la théière de porcelaine... ne lui a-t-on pas enseigné en effet que l'eau bouillante risque de faire éclater les verres?
Le ciel s'est un peu éclairci vers le soir et, tandis que j'écris ceci, la nuit monte dans un ciel admirable.
Nous prenons place à cinq ou six dans une sorte de balancelle qu'on suspend par un crochet à une élingue, et qu'une grue soulève et dirige à travers les airs, au-dessus des flots.
Par suite d'emballages insuffisants, défectueux, les trois quarts des objets envoyés de France arrivent ici détériorés, brisés.
Je reste jusqu'à neuf heures et demie ou dix heures, emmitouflé de trois pantalons, dont deux de pyjamas - deux sweaters.