Œuvre

Voyage au Congo (1926)

D'énormes arums dressent leurs cornets entr'ouverts et laissent paraître un secret blanc, tigré de pourpre sombre.
Le camion ne suit plus, il faut l'attendre.
On attend que les barques soient pleines; on attend que le médecin de Grand-Bassam soit venu donner je ne sais quels certificats; on attend si longtemps ...
Tout cela nous file dans les jambes; je ne comprends pas comment aucun de nous n'a été bousculé.
Les cuisiniers préparent le pain avec de grands rires et des chants. Je ne sais comment les autres, étendus tout auprès, font pour dormir.
Celui qui sait bien voir peut y trouver trace de tout; mais il faut un oeil averti, tant la touche, souvent, est légère.
On ne bercera jamais assez les enfants, du temps de leur prime jeunesse.
Les remous se font plus puissants et plus vastes; puis le Brabant s'engage dans le «couloir». Les rives deviennent berges et se resserrent.
Cette petite histoire ne persuadera personne et ne servira qu'à m'enfoncer dans cette conviction: que l'on se blouse tout aussi souvent par excès de défiance que par excès de crédulité.
C'est elle qui jetait à son chien les restes de viande, plutôt que de les laisser finir par ses boys.
Je rentre pour le breakfast: porridge, thé, fromage ou viande froide, ou oeufs.
Adoum reste plié en deux de rire, parce qu'un de nos pagayeurs, pris de peur et voulant reculer, a buté contre une souche et roulé à terre.
Il est vrai, nous dit l'infirmier, que le blanc paie beaucoup moins cher que l'indigène les cabris et les poulets.
Rien de plus misérable que les cahutes où ils vivent, entassés pêle-mêle (telle hutte en contient onze et telle autre treize).
Quarante-trois caissettes, sacs ou cantines, contenant l'approvisionnement pour la seconde partie de notre voyage, seront expédiés directement à Fort-Archambault.
Les nègres nus crient, rient et se querellent en montrant des dents de cannibales.
Nous apercevons dans les branches quatre singes noirs et blancs, de ceux qu'on appelle, je crois, des «capucins».
Curieux, chez ce peuple si sensible au rythme, la déformation caricaturale de nos sonneries militaires. Les notes y sont, mais le rythme en est changé au point de les rendre méconnaissables.
Si grande que soit la gentillesse qu'on leur témoigne, ils se méfient, et pour cause.
Un orage effrayant se prépare, et l'enchantement cède à la crainte.
La nuit est close quand nous franchissons la porte de la ville, entièrement ceinte de remparts.
Je ne veux tenir pour certain que ce que j'aurai pu voir moi-même, ou pu suffisamment contrôler.
Amusante et un peu dangereuse traversée d'une très belle rivière, sur un pont chancelant et à demi ruiné.
Faute de menue monnaie, on peut crever de faim avec cinquante francs dans sa poche - car, dans aucun des villages que l'on traverse l'on ne trouve à changer.
Un des malades de ce matin, tout jeune encore, a tenté de s'opérer lui-même et s'est abominablement charcuté.