Œuvre
Virage à 80° (1973)
Dans l'objet le plus humble, nous pouvons trouver tout ce que nous cherchons - que ce soit la beauté, la vérité, la réalité ou la divinité.
Que le monde tombe un jour en morceaux ou non, que vous soyez dans le camp des anges ou le diable soi-même, prenez la vie pour ce qu'elle est, payez-vous en, et répandez joie et chaos.
On ne chante pas parce qu'on espère paraître un jour dans un opéra; on chante parce qu'on a les poumons pleins de joie.
Si l'on en finissait de vouloir tripoter le monde, peut-être nous apparaîtrait-il comme un endroit bien meilleur que ce que nous le croyons être. Après tout, il n'y en a pas d'autre.
On apprend à voir, non ce que l'on veut voir, mais ce qui est.
Quand on applique l'esprit à une chose aussi simple et aussi innocente que de peindre une aquarelle, on oublie un peu de l'angoisse qui naît de notre appartenance à un monde devenu fou.
Nous sommes incapables de rester anonymes à la façon de ceux qui bâtirent les cathédrales. Nous voulons voir notre nom épelé en lettres de néon. Et jamais nous ne refusons d'argent en échange de nos efforts.
La décomposition est un art passionné où le temps est passé maître. Création et destruction sont jumelles, comme jadis étaient jumeaux amour et justice.
La vie n'a rien d'une affaire mortellement sérieuse; elle a tout de la tragi-comédie. Vous êtes à la fois l'acteur et la pièce. Vous êtes tout ce qui existe, ni plus ni moins.
La parole et les actes mènent des vies séparées. La parole peut toucher l'esprit; seul, l'esprit répond à l'esprit. Quant aux actes, autant dire poussière.
Qu'est-ce que l'Histoire, sinon une fiction qui nous berce et nous endort, ou qui aiguise nos peurs?
On ne naît pas héros, poète, législateur, guerrier, savant ou juge; c'est nous qui avons créé ces secteurs d'activité particuliers, par notre façon singulière de considérer les choses, par notre mode de vie complexe.
Le prix que nous payons pour les apparences de confort et de progrès offertes par le monde occidental est bien trop grand. Ce prix, c'est la mort: non pas seulement la petite mort, mais le carnage à grande échelle.
Il n'y a rien de mal dans la vie même. Elle est l'océan où il faut nager - ou bien l'on s'y adapte, ou bien l'on coule par le fond.
La nature remédie souvent à nos maux beaucoup mieux que le médecin.
Je pense que l'on doit jouer, non pour gagner, mais pour le plaisir du jeu, quel qu'il soit.
J'ai appris beaucoup plus avec les imbéciles et les rien du tout qu'avec les professeurs de ceci ou de cela. L'Instructeur, c'est la vie, non le ministère de l'Education nationale.
L'une des grandes différences entre le sage véritable et le prêcheur, c'est la gaieté. Le rire du sage monte des tripes, des profondeurs; le rire du prêcheur - et il ne rit pas souvent - tord le visage du mauvais côté.
La jeunesse est peut-être une splendeur - elle n'en est pas moins pénible à endurer. De plus, ce que l'on appelle jeunesse n'est pas la jeunesse, à mon avis; cela ressemble plutôt à une vieillesse précoce.
Après l'amour, l'amitié est à mon avis le bien le plus précieux que la vie ait à offrir.
L'avenir du monde, je le laisse aux méditations des philosophes et des visionnaires. La seule chose à laquelle nous ayons vraiment droit, c'est le présent; mais rares sont ceux d'entre nous qui le vivent jamais.
En vérité, c'est en observant les jeunes que vous finirez par comprendre quelle espèce d'imbécile vous étiez vous-même autrefois.
Ce sont les petites choses qui comptent - pas la renommée, ni le succès, ni la fortune. En haut de l'échelle la place est rare, tandis qu'en bas on est des foules à tenir ensemble sans se bousculer et sans personne pour vous emmerder.
La vie nous donne de force quelques leçons ; elle ne nous apprend pas nécessairement à grandir.
La tradition ne peut s'exprimer vraiment, qu'à travers l'esprit de courage et de défi, et non dans l'observance de la sauvegarde superficielle des coutumes.