Œuvre
Sur la route (1957)
Les seuls gens qui m'intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois.
J'ai compris que quoi qu'on fasse, au fond, on perd son temps, alors autant choisir la folie.
Une fois de plus, nos valises cabossées s'empilaient sur le trottoir; on avait du chemin devant nous. Mais qu'importe: la route, c'est la vie.
Mañana, un mot charmant et qui probablement est synonyme de paradis.
Vous épinglez un dragon à votre chapeau, nous disait-il, et vous êtes au grenier avec les araignées qui vous courent au plafond.
Je ressens un coup de poignard en plein coeur, comme chaque fois que la femme de ma vie prend la direction opposée à la mienne, dans ce monde trop vaste.
Qu'est-ce que ça peut faire après tout ? L'anonymat dans le monde des hommes vaut mieux que la renommée dans le ciel, car le ciel, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que la Terre ? Question d'idée.
Dean était heureux de nouveau. Tout ce qu'il lui fallait, c'était une roue dans les mains et quatre sur la route.
Une fois de plus, nos valises cabossées s'empilaient sur le trottoir on avait du chemin devant nous. Mais qu'importe : la route, c'est la vie.
Rien derrière et tout devant, comme toujours sur la route.
C'était trois enfants de la nuit de la terre qui voulaient affirmer leur liberté et les siècles passés, de tout leur poids, les écrasaient dans les ténèbres.
J'étais à mi-chemin de la traversée de l'Amérique, sur la ligne de partage entre l'Est de ma jeunesse et l'Ouest de mon avenir.
Puis vient le jour des révélations de l'Apocalypse, où l'on comprend qu'on est maudit, et misérable, et aveugle, et nu et alors, fantôme funeste et dolent, il ne reste qu'à traverser les cauchemar de cette vie en claquant des dents.
Ma garce de vie s'est mise à danser devant mes yeux, et j'ai compris que quoi qu'on fasse, au fond, on perd son temps, alors autant choisir la folie.
Ça me donnait l'impression que tout allait arriver - ces moments où l'on comprend que tout a été décidé pour toujours.
Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller.
Qu'est-ce qu'on éprouve quand on s'éloigne des gens, et qu'on voit leur silhouette diminuer dans la plaine, jusqu'à n'être plus qu'un point qui finit par se dissoudre ? Le monde est trop grand, il nous engloutit sous sa voûte et adios.
Les seuls gens vrais pour moi sont les fous, ceux qui sont fous d’envie de vivre, fous d’envie de parler, d’être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne baillent jamais et qui ne disent jamais de banalités, mais qui brûlent, brûlent comme des feux d’artifice extraordinaires, qui explosent comme des araignées dans les étoiles et en leur centre on peut voir la lueur bleue qui éclate et tout le monde fait « Waou » !