Œuvre
Si le grain ne meurt (1926)
On le sentait très fort, sous le boudinement de ses petites jaquettes; ses pantalons paraissaient toujours trop étroits.
C'était un gros vieux homme ardent, essoufflé, qui rougeoyait comme une forge, qui bredouillait, sifflait et postillonnait en parlant.
Il ouvrit le piano, frappa quelques accords, puis se lança dans une petite étude de Stephen Heller, en forme de fanfare, qu'il mena d'un train d'enfer et avec un étourdissant brio.
C'était une de ces tristes rues de province, sans magasin, sans animation d'aucune sorte, ni caractère, ni agrément.
Les bouquets des cistes pourpres ou blancs chamarraient la rauque garrigue, que les lavandes embaumaient.
Une sorte de poésie se dégageait de tout son être, qui venait, je crois, de ce qu'il se sentait faible et cherchait à se faire aimer.
Ainsi l'on m'avait appris à réciter à peu près décemment les vers, ce à quoi déjà m'invitait un goût naturel.
Les jours de pluie, confiné dans l'appartement, je faisais la chasse aux moustiques.
Quand elle me mènerait aux honneurs, je ne puis consentir à suivre une route toute tracée.
On eût dit que mon père avait accaparé toute l'aménité dont pouvait disposer la famille, de sorte que rien plus ne tempérait, des autres membres, l'air coriace et renfrogné.
Une sorte de poésie se dégageait de tout son être.
Ma mère l'irritait beaucoup par les constants efforts qu'elle faisait pour le dégeler.
Je le revois si bien! un peu dégingandé, comme un enfant grandi trop vite, flexible, délicat.
Dès que j'eus cette fête en perspective, l'idée de devoir me déguiser me mit la tête à l'envers.
J'en étais à ce point excédé que je ne sais plus trop si mon exaspération n'avait pas à la fin délabré tout l'amour que j'avais pour elle.
Je ne sais quoi de positif dans leurs propos, de déluré dans leur allure, me rencognait dans ma timidité, qui s'était entre-temps beaucoup accrue.
J'ai dénoncé déjà cet enfantin besoin de mon esprit de combler avec du mystère tout l'espace et le temps qui ne m'étaient pas familiers.
Une sorte de bonhomie cordiale, dont elle ne se départait point, décourageait l'ironie.
Une sorte de truelle cintrée, un déplantoir, qui permettait de s'emparer de la plante avec sa racine.
Le régime de l'Ecole Alsacienne amendait celui du lycée; mais ces améliorations, pour sages qu'elles fussent, tournaient à mon désavantage.
Durant les crises de dépression, que je n'ai que trop connues, pareilles à celles que je traversais alors, je prends honte de moi, me désavoue, me renie, et comme un chien blessé, longe les murs et vais me cachant.
Quelques pages de ce journal ont paru dans la Wallonie; considérablement remaniées, car j'éprouvais déjà le plus grand mal à désembroussailler ma pensée.
Et c'est ainsi que commença pour moi cette vie irrégulière et désencadrée, cette éducation rompue à laquelle je ne devais que trop prendre goût.
J'imaginais, j'entendais l'appel désespéré, puis le retombement, de cette âme aimante que tout, sauf Dieu, désertait.
L'art et la religion en moi dévotieusement s'épousaient, et je goûtais ma plus parfaite extase au plus fondu de leur accord.