Œuvre

Remorques (1935)

C'était vraiment un extraordinaire hérissement de débris, un abattis de fer jeté de l'avant à l'arrière, sous un réseau de ronces géantes.
Dans la machinerie, le chef criait qu'un paquet de mer, passé, au coup d'acculée, par la descente, venait de l'envahir.
Nos douze pompes capables de noyer votre incendie ou d'affranchir vos cales ...
Il lui suffisait le plus souvent d'un mot pour stimuler les lenteurs, presser l'exécution d'un ordre, s'enquérir de son exécution; il disait: «Alors?»
Il la connaissait trop pour ne pas deviner qu'elle préparait un de ses sales coups. Il s'en apercevait à une amollie trop brusque.
Pour garder sa pression, il brûlait à quai, immobile, des tonnes et des tonnes de charbon, dans les foyers de ses trois chaudières, devant lesquelles veillaient toujours trois chauffeurs.
Renand passa devant un compresseur, un bloc d'acier trapu qui bourrait d'air les caissons, lors des opérations de renflouement.
Il lui demanda de se préparer à prendre la remorque, de démailler sa chaîne, afin d'y mailler le câble d'acier qu'il lui enverrait sitôt qu'il serait sur lui.
Il avait pris la cape, dérivait obliquement, en crabe, puis, arrivé au bout de son parcours, il remontait sa dérive à petite allure, épaulait la lame à trois quarts du vent et son avant robuste lui frayait une route.
La passe ouvrait devant lui un large torrent d'écume qui accourait contre son étrave. Il régnait, dans ce détroit, une effervescence chaotique de déversoir, et un immense bruit d'eau bouillante l'emplissait.
Ils disent qu'ils ont réparé leur drosse cassée, que le navire gouverne un peu, qu'ils vont essayer de rentrer seuls.
Les hommes, debout autour de l'énorme paquet de cordages qui allait suivre, se mettaient à quatre, à six, pour le dérouler, l'élonger à bout de bras, donner du mou, à temps.
Depuis le départ, ils l'avaient abruti de télégrammes, lui, le Breton laconique qui devait toujours s'arracher les mots de la gorge. - Ils n'ont que de la jappe, conclut-il.