Œuvre
Poésies nouvelles (1836-1852)
Qui de nous, qui de nous va devenir un dieu?
L'absence ni le temps ne sont rien quand on s'aime.
On dit: «Triste comme la porte - D'une prison». - Et je crois, le diable m'emporte, - Qu'on a raison.
L'habitude, qui fait de la vie un proverbe.
Ou faut-il croire, hélas! ce que disaient nos pères, - Que lorsqu'on meurt si jeune on est aimé des dieux!
Un petit air de doute et de mélancolie, - Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie ...
Jours de travail! Seuls jours où j'ai vécu!
Oui, l'on vit autrement, mais c'est ainsi qu'on aime!
Je lui demandai mon chemin - Il tenait un luth d'une main, - De l'autre un bouquet d'églantine.
Sa beauté m'enivrait, je n'aimais qu'elle au monde.
Pourquoi donc, ô Maître suprême! - As-tu créé le mal si grand, - Que la raison, la vertu même, - S'épouvante en le voyant?
Comme une pâle étoile au fond du firmament, - Ainsi brille en tremblant le regard de la mie.
Au coin de mon feu vint s'asseoir - Un étranger vêtu de noir, - Qui me ressemblait comme un frère.
Voilà bientôt trente ans que je suis sur la terre, - Et j'en ai passé dix à chercher un libraire. - Pas un être vivant n'a lu mes manuscrits.
Qui que ce soit, tu dors, tu n'es pas son amante. - Les songes de tes nuits sont plus purs que le jour, - Et trop jeunes encor pour te parler d'amour.
La nuit, quand de si loin le monde nous sépare, - Quand je rentre chez moi pour tirer mes verrous, - De mille souvenirs en jaloux je m'empare; - Et là, seul devant Dieu, plein d'une joie avare, - J'ouvre, comme un trésor, mon coeur tout plein de vous.