Œuvre

Poésies nouvelles (1836-1852), Lettre à M. de Lamartine

Ton âme est immortelle, et tes pleurs vont tarir. - Tu te sens le coeur pris d'un caprice de femme. - Et tu dis qu'il se brise à force de souffrir.
Ton corps est abattu du mal de ta pensée; - Tu sens ton front peser et tes genoux fléchir. - Tombe, agenouille-toi, créature insensée: - Ton âme est immortelle, et la mort va venir.
Te dirai-je qu'un soir, dans la brise embaumée, - Endormie, comme toi, dans la paix du bonheur, - Aux célestes accents d'une voix bien aimée, - J'ai cru sentir le temps s'arrêter dans mon coeur?
Le regret d'un instant te trouble et te dévore; - Tu dis que le passé te voile l'avenir. - Ne te plains pas d'hier; laisse venir l'aurore: - Ton âme est immortelle, et le temps va s'enfuir.
O toi qui sais aimer, réponds, amant d'Elvire, - Comprends-tu que l'on parte et qu'on se dise adieu?
Tombe, agenouille-toi, créature insensée: - Ton âme est immortelle, et la mort va venir.