Œuvre

Plaisirs des sports (1925)

Je ne trouvai d'abord que les agrès et m'en dégoûtai facilement: les gestes qu'ils me commandaient étaient mécaniques, bornés comme ceux d'une profession, sans rien de l'initiative qui anoblit tous les sports.
Le trois-quarts centre enfin passe à l'ailier avec la balle, les regards et les espérances de l'équipe.
Et nous avons déjà su choisir entre les statues antiques, préférer les athlètes légers aux athlètes lourds, les coureurs, les Doryphores aux lutteurs et aux Hercules.
Chez les bleus, Michel a botté, et la balle ovale saute à bonds imprévus; les avants s'ébranlent. Inutile: la balle attrapée sonne sous la botte, saute haut en touche.
Les partisans de la boxe française répètent qu'elle est plus efficace que la boxe anglaise.
C'est notre tour, nous passons sous les cordes; mon adversaire, souple et brusque, s'est relevé trop tôt, et secoue la corde inférieure.
Il s'éloigne, puis il rentre au corps à corps, très bas. En voyant son dos s'arquer, je m'apprête à parer le coup au menton.
Il combat toujours de trop loin, puis tout à coup tout près. Crochet que j'esquive à peu près par dessous.
Enfin l'avant, démarqué pour un instant, change de pied; balancée par le genou comme au bout d'un levier, sa grosse chaussure jette brusquement sa force vive à la balle, qui file raide.
Ils s'échauffent, prennent enfin place au départ. Eux et le starter jouent à se narguer.
La vaste machine d'André triomphait des premières secondes, mais dans l'allure désunie de la fin on reconnaissait qu'elle commence à se défaire.
Moments d'observation, comme on dit, mais bien involontaire, où l'oeil suit malgré lui tous les gestes adverses, que le corps mécanisé répète en les agrandissant.