Œuvre

Pensées

Il eût pu faire quelque chose de ses idées si un ange les lui avait rassemblées.
Ce pourquoi les hommes retiennent si peu ce qu'ils lisent tient au fait qu'ils pensent trop peu par eux-mêmes; là où un homme sait bien répéter ce qu'un autre a dit, c'est qu'il y a habituellement réfléchi.
Si un livre et une tête se heurtent et que cela sonne creux, le son provient-il toujours du livre?
Le livre au monde qui le premier mériterait d'être interdit serait le catalogue des livres interdits.
Il aimait surtout les mots qui n'avaient pas l'habitude de se trouver dans les dictionnaires.
Les préjugés sont, pour ainsi dire, la ruse instinctive des hommes; ils résolvent à travers eux bien des choses qu'il leur aurait été difficile de décider par la réflexion, et tout cela sans effort.
Notre vie est comme une journée d'hiver; nous naissons entre minuit et une heure du matin le jour ne point pas avant huit heures, et il n'est pas encore quatre heures de l'après-midi qu'il fait nuit de nouveau; à minuit vient la mort.
Chez moi, c'est sans doute une représentation par trop joyeuse de la mort, de sa venue et de sa légèreté qui fait que je pense tant au suicide.
La conscience est un bâton que chacun prend pour battre son voisin.
Les meilleures lois naissent des usages.
Épictète : « Raisin vert, raisin mûr, raisin sec, tout est changement, non pour ne plus être, mais pour devenir ce qui n'est pas encore.»
On gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus.
Faire parler un homme politique sur ses projets et son programme, c'est comme demander à un garçon de restaurant si le menu est bon. Tout ce qui l'intéresse c'est que vous payiez l'addition: ce n'est pas lui qui aura mal au ventre!
Avoir de l'autorité sur autrui n'est rien d'autre, je pense, que d'exploiter son travail.
Le plus sûr moyen de cacher aux autres les limites de son savoir est de ne pas les dépasser.
Il ne faut pas en vouloir aux événements.
La nature n'aime rien tant que de changer ce qui est, pour le remplacer par ce qui lui ressemble.
La plus grande caractéristique de la civilisation orientale est de connaître le contentement; alors que celle de l'Occident est de ne le pas connaître.
Quelqu'un disait d'un asthmatique fort doux et fort patient dans ses souffrances: «On voudrait respirer pour lui.»
Un prince qui peut faire ce qu'il veut est fou.
Chaque année il se fait en nous un noeud, comme dans les arbres; quelque branche d'intelligence se développe, ou se couronne et se durcit.
L'ambition est impitoyable: tout mérite qui ne la sert pas est méprisable à ses yeux.
Ceux qui épient d'un oeil malin les défauts de leurs amis, les découvrent avec joie. Qui n'est jamais dupe n'est pas ami.
Qui n'a pas les faiblesses de l'amitié, n'en a pas les forces.
L'année est une couronne qui se compose de fleurs, d'épis, de fruits et d'herbes sèches.