Œuvre

Pensées, maximes, réflexions extraites de ses ouvrages - Alexis Eymery - Publié en 1823

Dans l'excès du malheur on se laisse tromper par le plus faible rayon d'espérance.
L'état est perdu dès que les grandes agitations politiques ont pour objet non les opinions, mais les hommes, et que l'intérêt public n'y sert que de masque à l'intérêt privé.
Le véritable esprit d'une république vertueuse est l'esprit de famille; il adoucit le joug, et rend toutes chaînes légères.
L'âge mûr doit proposer les lois; la vieillesse doit les sanctionner; la jeunesse doit les défendre et les exécuter.
Les lois tyranniques sèment la haine et recueillent la révolte.
Par-tout et dans tous les temps les lois se multiplient à mesure que les moeurs se dépravent. C'est le nombre croissant des maux qui fait sentir la nécessité des remèdes.
Les partis cèdent et triomphent alternativement; les majorités changent, mais les lois restent.
Dans toute législation la gravité des maux est indiquée par la violence des remèdes; car c'est au milieu des moeurs les plus corrompues que naissent les lois sévères.
La classe élevée des hommes est gouvernée pat la crainte de l'opinion; cette peur est pour elle souvent plus forte que les lois, et même plus puissante que la religion.
Chacun paraît soutenir des opinions, lorsqu'il ne songe le plus souvent qu'à défendre des intérêts: les opinions, mises en avant avec le plus de chaleur, ne sont pour la plupart du temps que les manifestes de la guerre des intérêts.
Le sang répandu cimente l'opinion qu'on veut comprimer.
Les bonnes opinions sont celles qui ne veulent que l'intérêt de la majorité, et les mauvaises celles qui ne défendent que l'intérêt d'un parti.
Les sacrifices que la force fait à l'opinion excitent l'enthousiasme et la reconnaissance; ceux que la crainte arrache à la faiblesse augmentent les méfiances et enlèvent la consideration.
Quand l'histoire encense la vanité des despotes, elle est complice de la tyrannie.
L'histoire, dont l'impartialité doit résister à l'horreur même qu'inspire la férocité, est obligée, en peignant les gouvernements les plus odieux, à ne pas plus dissimuler leurs talents que leurs crimes.
L'histoire renferme l'expérience du monde et la raison des siècles: c'est un maître impartial dont nous ne pouvons réfuter les raisonnements, appuyés sur des faits; il nous montre le passé pour nous annoncer l'avenir; c'est le miroir de la vérité.
Devant le tribunal de l'histoire les conquérants descendent de leurs chars de triomphe; les tyrans n'effraient plus par leurs satellites; les princes nous apparaissent sans leur cortège, et dépouillés de la fausse grandeur que leur prêtait la flatterie.
Se venger de l'injustice de son pays, c'est la justifier.
L'amour de la patrie ne connaît point d'obstacles; partout où il existe, il opère des prodiges.
Dès que la vertu obscurcie recommence à briller au milieu d'une nation vaincue, elle se relève de ses ruines; son exemple crée des héros, opère des prodiges.
On ne peut se flatter de soulever une nation contente de ses lois.
La renommée des grands hommes s'augmente par la médiocrité de leurs successeurs.
L'autorité n'existe plus dès qu'elle a rendu l'obéissance honteuse et la révolte honorable.
Toute autorité contestée et mécontente de ses limites cherche à obtenir par la crainte ce qu'elle ne peut obtenir par la loi.
Le pouvoir est ombrageux par sa nature, comme la liberté est méfiante par son essence.