Œuvre

Pensées, maximes, réflexions extraites de ses ouvrages - Alexis Eymery - Publié en 1823

Les deux seuls malheurs véritables sont la perte de l'objet qu'on aime le plus et la perte du repos de sa conscience: le ciel a chargé le temps d'adoucir l'une, et le repentir de réparer l'autre.
Dans l'extrême danger, l'extrême audace est sagesse.
Dans les extrêmes périls, il n'y a souvent de remède qu'une extrême audace.
L'adversité, qui abat les coeurs faibles, grandit les âmes fortes.
L'adversité élève les caractères qu'elle ne dégrade pas.
L'amour-propre, toujours maître des hommes, corrompt les forts par l'orgueil et les faibles par la vanité.
La conscience est un juge placé dans l'intérieur de notre être; il éclaire assez notre âme pour la mettre à portée de distinguer le bien du mal, la vertu du vice, et la vérité de l'erreur.
Souvent le courage, qui résiste avec fierté aux grands malheurs, cède aux contrariétés journalières, et succombe aux chagrins domestiques.
L'âme malade est malheureuse comme le corps lorsqu'il est malsain: les passions sont les maladies de l'âme; sa santé, c'est la raison.
Le but de toute sagesse est le bonheur de l'âme; on ne peut l'y conduire qu'en la maintenant dans un état de justice, de paix, et de calme, au milieu de toutes les agitations du monde et de tous les orages de la vie.
L'amitié est un besoin pour l'âme: chacun cherche et veut des amis, tout le monde se plaint de la rareté d'un tel trésor; et cependant l'orgueil nous éloigne de sa recherche.
La colère est à-la-fois le plus aveugle, le plus violent et le plus vil des conseillers.
Les vices forment une chaîne dont le premier anneau est l'égoïsme.
La plupart des hommes ne sont que trop entraînés par l'égoïsme; mais ils le cachent, taudis que les princes, plus hardis, le montrent trop souvent sans voile.
L'égoïste n'est jamais reconnaissant; il écrit à l'encre le mal qu'on lui cause, et au crayon le bien qu'on lui fait.
L'éducation devrait être regardée partout comme une partie principale de la législation.
L'habitude des bons ou mauvais penchants commence dès la plus tendre enfance.
L'âme prend, par l'habitude ou du bien ou du mal, un bon ou un mauvais pli; et, lorsqu'il est une fois marqué, rien n'est si difficile que d'en faire disparaître la trace.
La fierté résiste plus que l'orgueil. La bienfaisance, ainsi que les autres vertus, ne vieillit jamais.
La modeste et douce bienveillance est non seulement une vertu, un devoir, un sentiment, un plaisir; elle est encore souvent une puissance qui donne plus d'amis que la richesse, et plus de crédit que le pouvoir.
Le bonheur humain n'est qu'un éclair; il semble ne briller que pour annoncer l'orage.
Les grands peuples ne résistent pas plus que les grands hommes à l'ivresse d'une haute fortune.
Un hasard peut vous faire monter sur le char de la fortune; mais il vous verse ou ne vous mène à rien, si vous ne savez pas le conduire.
Tout le monde adore la fortune, et tout le monde s'en plaint. Nous attribuons ses faveurs à notre mérite, nous la rendons coupable de nos fautes.
Les trois racines les plus communes du malheur des hommes sont l'oubli du présent, l'occupation inquiète de l'avenir, et l'ennui qui rend indifférent sur tout ce qu'on possède, tant qu'on voit d'autres hommes en avoir davantage.