Œuvre

Pensées (1670)

Qui démêlera cet embrouillement? La nature confond les pyrrhoniens, et la raison confond les dogmatiques.
Hasard donne les pensées, et hasard les ôte; point d'art pour conserver ni pour acquérir.
Les voies de Dieu sont droites; mais les méchants y trébucheront.
Je dis que le coeur aime l'être universel naturellement, et soi-même naturellement, selon qu'il s'y adonne, et il se durcit contre l'un ou l'autre, à son choix.
Car, enfin, qu'est-ce que l'homme dans la nature? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout.
Oui; mais il faut parier; cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué.
La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles que nos instruments sont trop émoussés pour y toucher exactement.
Qu'ont-ils à dire contre la résurrection, et contre l'enfantement de la Vierge? qu'est-il plus difficile, de produire un homme ou un animal, que de le reproduire?
L'éloquence continue ennuie.
On ne s'ennuie point de manger et dormir tous les jours, car la faim renaît, et le sommeil; sans cela on s'en ennuierait.
Il n'y a pas si grande disproportion entre notre justice et celle de Dieu, qu'entre l'unité et l'infini.
Or, lorsque les hommes vivaient si longtemps, les enfants vivaient longtemps avec leurs pères; ils les entretenaient longtemps.
La coutume fait toute l'équité, par cette seule raison qu'elle est reçue; c'est le fondement mystique de son autorité.
Induire en erreur est mettre l'homme dans la nécessité de conclure et suivre une fausseté.
L'Ecriture dit que le Christ demeure éternellement, et celui-ci dit qu'il mourra.
Je ne veux que mettre ici en évidence tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables, et qui ne peuvent être mis en doute par quelque personne que ce soit.
Il n'y a point, dit-on, de règle qui n'ait quelque exception, ni de vérité si générale qui n'ait quelque face par où elle manque.
On dirige sa vue en haut, mais on s'appuie sur le sable: et la terre fondra, et on tombera en regardant le ciel.
Ainsi, nous ne vivons jamais, nous espérons de vivre; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais.
On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.
L'esprit croit naturellement et la volonté aime naturellement; de sorte que, faute de vrais objets, il faut qu'ils s'attachent aux faux.
En un mot, l'homme connaît qu'il est misérable: il est donc misérable, puisqu'il l'est, mais il est bien grand, puisqu'il le connaît.
Prophétiser, c'est parler de Dieu, non par preuves du dehors, mais par sentiment intérieur et immédiat.
La puissance des mouches, elles gagnent des batailles, empêchent notre âme d'agir, mangent notre corps.
La curiosité n'est que vanité le plus souvent; on ne veut savoir que pour en parler.