Œuvre
Neuf jours de haine
La fatigue, la faim. Puis la haine leur saute à la gorge. Dans ces moments de désespoir, la haine surgit toujours. La haine des nazis et de l'Europe entière. La haine des principes de la diplomatie. La haine des politiciens et de leurs adeptes. La haine de la divinité absente. La haine du militarisme et des supérieurs. L'animosité envers les sous-officiers. (...) La haine de soi-même volontaire, aventurier leurré par la propagandes des trafiqueurs de chair. La haine de tout et la haine de la haine qui fait souffrir.
On commence à haïr. On hait l'obscurité. On hait les bouffées de puanteur venues des charognes et des rêves. On hait son propre instinct de prendre abri. On hait ses propres réflexes. On hait ceux qui marchent à côté, en avant, en arrière. On hait ceux qui commandent. On se hait soi-même
Et après tout, on n'est pas responsable de ses pensées. On est coupable seulement de celles que l'on cultive
Il explique à sa femme que l'amour de loin, c'est comme un compte en banque, on n'en jouit pas. Mais il veut savoir comment les enfants sont traités. Comment ils grandissent.
On lui ouvre un passage avec respect — les tyrans souvent se désemparent devant leur victime
À moins qu'on ait pris des habitudes de fidélité. La fidélité elle-même est de la sécheresse. On se fatigue de sécher
L'amour est quelque chose de palpable. Ce doit être à portée de la main. Autrement c'est du rêve. Le rêve ne satisfait pas les sens.