Œuvre

Madrapour

L'avant-goût de la mort est atroce.
La clairvoyance des gens bornés: ils comprennent tout, mais à moitié.
N'oubliez pas que, si longue vous apparaisse votre existence, votre mort, elle, est éternelle.
... une maladie bien américaine: l'interventionnisme.
La pensée qu'on survivra un jour à son propre corps n'est pas, il faut le dire, très adoucissante. Surtout au moment de s'endormir.
Il y a une certaine façon policière d'interroger les gens, dont on dirait qu'elle a pour but de ne «pas» découvrir la vérité.
Et croyez-vous, parce que nous sommes partis, que nous sommes certains d'arriver?
Je suppose que les grands anémiés et les très vieilles personnes doivent éprouver vingt-quatre heures sur vingt-quatre ce sentiment accablant d'être vidés progressivement de leurs forces.
... la fausseté fondamentale de ce culte stupide rendu publiquement au hasard, au mensonge et à l'argent.
... les délices amers de l'auto-accusation.
Douter, ce n'est pas, comme je croyais, s'installer dans l'incertitude; c'est nourrir, l'une après l'autre, deux certitudes contradictoires.
Quand on regarde longuement un mort, on finit toujours par discerner d'imperceptibles mouvements sur son visage. Cette illusion doit tenir au fait que nous n'arrivons pas à nous résigner à son irrémédiable immobilité.
... le fou peut s'habituer à son asile, le prisonnier à sa cellule, l'enfant martyr à son placard - et les regretter quand ils les quittent.
- Je crois vous aimer. - - Quand en serez-vous sûre? - - Quand nous serons séparés.
... on ne comprend jamais très bien l'être qu'on aime. Non pas qu'il soit plus opaque que les autres. Mais on se pose davantage de questions sur lui.