Œuvre
Littérature et philosophie mêlées (1834)
Le corollaire rigoureux d'une révolution politique, c'est une révolution littéraire.
La dernière raison des rois, le boulet. La dernière raison des peuples, le pavé.
Grands hommes! Voulez-vous avoir raison demain? Mourez aujourd'hui.
Grattez le juge, vous trouverez le bourreau.
Voltaire parle à un parti, Molière parle à la société, Shakespeare parle à l'homme.
En littérature, le plus sûr moyen d'avoir raison, c'est d'être mort.
Il y a des hommes malheureux. Christophe Colomb ne peut attacher son nom à sa découverte; Guillotin ne peut détacher le sien de son invention.
La plupart des amis sont comme le cadran solaire ils ne marquent que les heures où le soleil vous luit.
Il est déplorable que la révolution française ait eu de si maladroits accoucheurs.
(Lamennais) s'adresse au coeur par toutes les tendresses, à l'esprit par tous les artifices, à l'âme par tous les enthousiames.
L'Eglise affirme, la raison nie.
Elles (mes sensations) me tourmentent, m'agitent sans cesse, et tout se réunit pour me déchirer l'âme.
Les magnifiques ambitions font faire les grandes choses.
Instruire le peuple, c'est l'améliorer; éclairer le peuple c'est le moraliser.
Une médisance anonyme est peut-être plus honteuse qu'une calomnie signée.
Il n'appartient qu'aux grands hommes de prononcer les mots décisifs des époques.
La belle expression embellit la belle pensée et la conserve; c'est tout à la fois une parure et une armure.
Tout homme persuadé persuade; pour arracher des pleurs, il faut pleurer.
C'est prendre une furieuse tâche que de vouloir arrondir un caractère qui n'est qu'un hérisson tout en pointes avec très peu de corps.
Ce sont les mots nouveaux, les mots inventés, les mots faits artificiellement qui détruisent le tissu d'une langue.
Barnave était un de ces hommes qui prennent chaque matin la mesure de leur auditoire; qui tâtent le pouls de leur public.
Les empires ont leurs crises comme les montagnes ont leur hiver. Une parole dite trop haut y produit une avalanche.
Aujourd'hui, ce qui salit le poète et le philosophe, ce n'est pas la pauvreté, c'est la vénalité, ce n'est pas la crotte, c'est la boue.
Il est impossible que deux têtes humaines conçoivent le même sujet absolument de la même manière.
Toutes les larges et éternelles vérités qui constituent chez tous les peuples et dans tous les temps le fond même des sentiments humain, voilà la matière première de l'art, de l'art immortel et divin.