Œuvre
Lettre sur l'amitié (2020)
En ce temps-là, si l’on était dans la mauvaise tranche d’âge, on était triste à l’idée qu’un ami lointain que même les proches ne pouvaient assister dans ses derniers moments, pour lequel aucune cérémonie digne de ce nom n’était envisageable, disparaisse sans qu’on le sache seulement, perdant son dernier souffle dans une salle de réanimation, un Ehpad ou tout simplement chez lui, seul, loin de tous.
En ce temps-là, l’interdiction de nous embrasser mettait tout à coup en relief l’intensité d’une embrassade. La poignée de main la plus conventionnelle, de ne plus pouvoir se produire, retrouvait dans notre pensée une chaleur originelle et nostalgique. La distance nous faisait éprouver un bienfait paradoxal : elle remettait à zéro l’horloge des signes d’affection.