Œuvre
Les Tables tournantes de Jersey
L'art est un pâtre obscur qui marche les pieds nus.
Vous avez fait, mon Dieu, la vie et la clémence; - Et chacun de vos pas est marqué par un don. - C'est à votre regard que tout amour commence, - Vous écriviez: Douleur, un ange lut: Pardon.
Oh! je voudrais revivre avec toi, douce fille! - Une femme qu'on aime est toute une famille.
Nous mettons l'infini librement dans nos strophes, - Nous demandons des mots au destin, maître obscur, - Nous prenons, s'il nous faut de sombres catastrophes, - Sa grande épée à main accrochée à son mur.
Vous avez dans le ciel une escorte d'étoiles, - Votre main en s'ouvrant verse les tourbillons, - Vos drames sont joués sur l'océan sans voiles - Par quatre grands acteurs nommés les aquilons.
Deux phares rayonnants conduisent votre voile, - Deux autels de granit dont on n'ose approcher; - L'art et l'exil posant tous deux la même étoile - Sur le même rocher.
L'art et l'exil! géants! lutteurs aux grands murmures, - Blancs d'écume tous deux, ils combattent le sort, - Dans l'humaine mêlée on entend leurs armures, - Et quand ils sont vainqueurs, ils entrent dans la mort.
Ils entrent dans la mort en chantant leur victoire, - Les chevaux du soleil qui hennissent le feu - Les mènent couronnés aux portes de la gloire, - Capitale de Dieu.
Le trou du vêtement d'un enfant sous la bise - Est un des abîmes de Dieu.
Renonce à voir Tapner. Sa pauvre âme en silence - Dans un recueillement doux et religieux, - Se fait avec sa corde, au pied de la potence, - Une échelle qui monte aux cieux.
Paix à ce mort qui prie et qui vide ses haines - Dans le sein du Seigneur et qui redevient beau. - Ne trouble pas ce coeur qui des prisons humaines - S'est évadé dans le tombeau.
Laisse-le lentement sous le Dieu qu'il implore - S'épurer. Laisse-le penser au grand demain - Qui viendra l'enlever pour sa divine aurore - Au bonnet du sommeil humain.