Œuvre
Les Enfants terribles (1929)
Elisabeth, en échange, devenait une fanfaronne, une grotesque, une ânesse incapable de se rendre utile, de faire quoi que ce soit.
Exprès, il laissait sa tête baller en arrière aux cahots de la course.
Alors Paul s'expliqua, détachant les syllabes, chuchotant, déballant toute la vérité.
Un flot de sang échappé de la bouche barbouillait son menton et son cou, imbibait la neige.
Cette réalité de l'enfance, réalité grave, héroïque, mystérieuse, que d'humbles détails alimentent et dont l'interrogatoire des grandes personnes dérange brutalement la féerie.
Une vieille banquette de peluche verte éventrée montrait son crin et ses ressorts.
L'instinct savait en elle que les meurtriers frappent coup sur coup, ne peuvent pas reprendre haleine.
Ces vols n'avaient que le vol pour mobile. Il ne s'y mêlait ni lucre ni goût du fruit défendu. Il suffisait de mourir de peur. Les enfants sortaient des magasins où ils entraient avec l'oncle, les poches pleines d'objets sans valeur.
Surtout il fallait, coûte que coûte, revenir à cette réalité de l'enfance, réalité grave, héroïque, mystérieuse, que d'humbles détails alimentent et dont l'interrogatoire des grandes personnes dérange brutalement la féérie.
Les privilèges de la beauté sont immenses. Ils agissent même sur ceux qui ne la constatent pas.