Œuvre

Les disciples à Saïs

... il faut que nous tâchions à nous rendre immortels.
Il ne semble pas sage de vouloir pénétrer et comprendre un monde humain, sans avoir développé en soi une parfaite humanité.
La mort, comme un sauveur, se tient aux côtés de la pauvre humanité, car sans la mort l'homme le plus fou serait le plus heureux.
Tout ce que nous voyons n'est-il déjà pas un larcin fait au ciel, les ruines immenses des gloires de jadis et les restes d'un abominable repas?
La pensée n'est qu'un rêve du toucher, un attouchement mort, une vie grise et faible.
Tout ce qui est divin a une histoire, et la Nature, le seul tout auquel l'homme puisse se comparer, ne serait pas, aussi bien que l'homme, comprise dans une histoire, ou, ce qui revient au même, n'aurait pas un esprit?
L'homme qui pense retourne à la fonction originelle de son être, à la contemplation créatrice, à ce point même où produire et savoir ont les plus étranges relations, à ce moment fécond de la jouissance proprement dite, de l'auto-conception intérieure.