Œuvre

Les Confessions (édition posthume 1782-1789)

Je prenais donc en quelque sorte congé de mon siècle et de mes contemporains, et je faisais mes adieux au monde en me confinant dans cette île pour le reste de mes jours.
Je crus donc, en y renonçant, prendre un parti très conséquent à mes principes.
Je ne connaissais rien d'aussi charmant que de voir tout le monde content de moi et de toute chose.
Je fus surpris de voir ce magistrat, toujours si craintif, devenir si coulant dans cette affaire.
Les dimanche et les jours où j'étais libre, j'allais courir les campagnes et les bois des environs, toujours errant, rêvant, soupirant.
J'ai toujours pris un singulier plaisir à apprivoiser les animaux, surtout ceux qui sont craintifs et sauvages.
Du reste, que j'aie abandonné les échecs, ou qu'en jouant je ne sois remis en haleine, je n'ai jamais avancé d'un cran depuis cette première séance.
Nous plantâmes à l'entrée de petits bouts de bois minces et à claire-voie, qui, faisant une espèce de grillage ou de crapaudine, retenaient le limon et les pierres sans boucher le passage à l'eau.
En général, les croyants font Dieu comme ils sont eux-mêmes; les bons le bon, les méchants font le méchant.
L'eau que je buvais était un peu crue et difficile à passer, comme sont la plupart des eaux des montagnes.
Je n'aurais pas été assez sot pour me tenir sur la défensive; il m'était aisé de devenir agresseur sans même qu'il s'en aperçût, ou qu'il pût s'en garantir.
Il parvint, malgré des concurrents très jaloux, à être élu définiteur de sa province.
L'habit de cour, si favorable aux jeunes personnes, marquait sa jolie taille, dégageait sa poitrine et ses épaules.
Ma poitrine est en mauvais état, ma santé se délabre au point que, toute chose cessante, il faut que j'aille voir et consulter Tronchin.
Mais l'indolence, la négligence, et les délais dans les petits devoirs à remplir, m'ont plus fait de tort que de grands vices.
J'achevai ce travail tout en en faisant d'autres, et trouvant toujours qu'un changement d'ouvrage est un véritable délassement.
Après avoir fait les délices des sociétés les plus aimables, il mourut de douleur sur un vil grabat.
Rien n'est si simple et si nécessaire, madame, que de déloger de votre maison, quand vous n'approuvez pas que j'y reste.
Il prit sur-le-champ la résolution de s'enfuir la nuit suivante, et rien ne put l'en faire démordre.
Je m'accoutumais à languir, à ne pas dormir, à penser au lieu d'agir, et enfin à regarder le dépérissement successif et lent de ma machine, comme un progrès inévitable que la mort seule pouvait arrêter.
Je crus m'apercevoir, dès la première visite, que, malgré mon air gauche et mes lourdes phrases, je ne lui déplaisais pas.
J'étais plus fâché de déplaire que d'être puni, et le signe du mécontentement m'était plus cruel que la peine afflictive.
J'aimerais la société comme un autre, si je n'étais sûr de m'y montrer non seulement à mon désaventage, mais tout autre que je ne suis.
Je sentais plus que jamais, et par une constante expérience, que toute association inégale est toujours désavantageuse au parti faible.
Il ne s'exprimait jamais sur mon compte qu'en termes outrageants, méprisants, sans me désigner autrement que par ce petit cuistre.