Œuvre

Les Caractères (1696)

La plupart des femmes n'ont guère de principes; elles se conduisent par le coeur, et dépendent pour leurs moeurs de ceux qu'elles aiment.
La plupart des hommes emploient la meilleure partie de leur vie à rendre l'autre misérable.
La témérité des charlatans, et leurs tristes succès, qui en sont les suites, font valoir la médecine et les médecins; ci ceux-ci laissent mourir, les autres tuent.
Le flatteur n'a pas assez bonne opinion de soi ni des autres.
Le plaisir de la critique nous ôte celui d'être vivement touchés de très belles choses.
Le plaisir le plus délicat est de faire celui d'autrui.
Les femmes vont plus loin en amour que la plupart des hommes; mais les hommes l'emportent sur elles en amitié.
Les hommes commencent par l'amour, finissent par l'ambition et ne se trouvent souvent dans une assiette plus tranquille que lorsqu'ils meurent.
Les hommes et les femmes conviennent rarement sur le mérite d'une femme: leurs intérêts sont trop différents.
Les hommes rougissent moins de leurs crimes que de leurs faiblesses et de leur vanité.
Les hommes veulent être esclaves quelque part, et puiser là de quoi dominer ailleurs.
Ne pourrait-on point découvrir l'art de se faire aimer de sa femme?
Ne songer qu'à soi et au présent, source d'erreur dans la politique.
On tire ce bien de la perfidie des femmes, qu'elle guérit de la jalousie.
Quand le peuple est en mouvement, on ne comprend pas par où le calme peut y rentrer; et quand il est paisible, on ne voit pas par où le calme peut en sortir.
Qui est plus esclave qu'un courtisan assidu, si ce n'est un courtisan plus assidu?
Si la noblesse est vertu, elle se perd par tout ce qui n'est pas vertueux; et si elle n'est pas vertu, c'est peu de chose.
Si la pauvreté est la mère des crimes, le défaut d'esprit en est le père.
Si une laide se fait aimer, ce ne peut être qu'éperdument.
Tout est tentation à qui la craint.
Un coupable puni est un exemple pour la canaille; un innocent condamné est l'affaire de tous les honnêtes gens.
Un dévot est celui qui sous un roi athée serait athée.
Un homme peut tromper une femme par un feint attachement, pourvu qu'il n'en ait pas ailleurs un véritable.
Un mari n'a guère un rival qui ne soit de sa main, et comme un présent qu'il a autrefois fait à sa femme.
Un sot ni n'entre, ni ne sort, ni ne s'assied, ni ne se lève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes, comme un homme d'esprit.